Les réseaux sociaux, générateurs d’angoisse

Aujourd’hui, le cliché dolivierémont(r)é est celui de l’angoisse. Nous avons épinglé une série de sources d’inquiétude très présentes chez les jeunes : le boulot, évidemment, mais aussi la maison, la crise économique et la vie de couple. Nous proposons un développement supplémentaire: l’opinion d’Olivier Luminet, professeur de psychologie à l’UCL et à l’ULB. Ce chercheur travaille particulièrement sur les émotions et sur la mémoire.

La société est plus anxiogène qu’avant

Je pense qu’il faut analyser dans quelle mesure les gens ont du contrôle sur la situation dans laquelle ils se trouvent, commence Olivier Luminet. Si l’on a peu ou pas de contrôle, cela génère de l’anxiété, une peur généralisée. Or notre société subit toute une série de changements, qui font que les jeunes ont moins de contrôle sur les choses. Il y a plus d’incertitudes qu’avant“.

Les sources d’angoisse pointées par le psychologue

-L’impossibilité d’avoir une vue précise sur l’avenir économique.

-Les modes de communications actuels. “Les SMS, Twitter, tous ces nouveaux moyens de communiquer jouent dans l’anxiété. Avec ces outils, la communication est rapide mais très brève. Or, l’angoisse est un sentiment qu’il faut prendre le temps d’expliquer aux autres. Je pense qu’une société qui limite autant la profondeur des messages est génératrice d’anxiété.

-L’évolution ultra-rapide des choses. “Pour rester à la page, il faut sans cesse se recycler. Beaucoup plus qu’avant. Un membre de la génération précédente pouvait être à peu près sûr que tel diplôme lui garantirait une carrière fluide, au cours de laquelle il ne devrait pas spécialement réaliser de nouveaux apprentissages. Pour les jeunes, ces évolutions sont désormais constantes.

-La complexité de notre système. A cet égard, en ce qui concerne l’emploi, source majeure d’anxiété pour les jeunes, Olivier Luminet a envie d’évoquer la Belgique. “Notre pays, à cause de la multiplication des niveaux de pouvoir, est extrêmement compliqué. C’est très difficile de s’y retrouver, les gens manquent de prise sur les choses.

25 ans, un âge où la personnalité est formée

Outre les émotions, le professeur travaille aussi sur la mémoire. Il remarque que, si l’on demande à une personne de 70 ans d’évoquer les grands événements personnels de sa vie, elle citera énormément de moments datant de la tranche d’âge 17-25. “De nombreux caps importants sont franchis à cette période, comme, par exemple, celui de la première rencontre amoureuse. Et la personne a tendance à lier les événements entre eux: elle se souviendra que tel événement se sera déroulé dans le monde au moment de son premier amour“, précise le psychologue.Après 25 ans, il y a encore des souvenirs bien sûr, mais ils sont moins marqués.

En plus, 25 ans est un âge où la personnalité des gens ne change plus tellement. “Prenons l’extraversion. La tendance à être plutôt sociable ou plutôt solidaire se construit pendant l’enfance et l’adolescence. Une fois 25 ans, on poursuivra sur la lignée débutée. On ne va pas subitement devenir extraverti si on ne l’était pas jusque là. C’est vraiment un moment de stabilisation des gens et de fixation des choses.” 

Du positif, malgré tout?

Bien sûr. Le psychologue évoque de nombreux enjeux intéressants, au niveau des échanges notamment. “La société est plus ouverte et plus tolérante qu’avant par rapport aux différences. Certaines normes ont un poids beaucoup moins important qu’avant. L’homosexualité, par exemple, est beaucoup mieux acceptée.”