Chat : l’homosexualité est-elle vraiment devenue banale pour les jeunes de 25 ans?

Le lendemain de Noël, nous vous racontions sur ce blog le coming-out de Julie. S’il s’est très bien passé pour la jeune fille, les nombreuses réactions, pas toujours très positives nous ont poussé à organiser un chat autour de la question.

mfBanale l’homosexualité en 2014? On en parle avec Michael François, coordinateur de l’association ex-aequo – une ASBL de promotion de la santé visant une diminution des nouvelles infections au VIH/sida et des infections sexuellement transmissibles (IST) auprès des hommes qui ont des relations sexuelles avec d’autres hommes. Voici le résumé de ses réponses.

Sur la difficulté/banalité d’un coming-out. “Les gens assument de mieux en mieux leur orientation sexuelle, et l’homosexualité ne devrait plus être un sujet de débat… Malheureusement cela ne va pas de soit. Un coming-out est toujours difficile à vivre auprès de sa famille et ses amis… Demande-t-on aux jeunes hétéros de parler de leur sexualité et de leur orientation hétéro à leurs proches?”

“Pourtant, l’homosexualité n’a jamais causé la fin d’une société et de ses structures. L’homosexualité a toujours existé. Ce n’est ni une invention occidentale ni un truc récent à la mode…”

“C’est pour ça que – même si cela fait parfois débat – c’est bien d’avoir des personnalités qui sont respectées dans leur domaine (sport, musique etc) et qui assument leur orientation sexuelle. Cela détricote certains clichés (un ancien footballeur international allemand vient de faire son coming-out, certains s’étonnent que les gays font du foot) et surtout donne des exemples positifs aux plus jeunes qui sont souvent en recherche de repères et de personnes à qui s’identifier positivement.”

Sur les lois déjà existantes. “Le chemin parcouru est déjà appréciable. N’oublions pas qu’en 1993, l’homosexualité était encore considérée comme une maladie mentale par l’OMS… que de chemin parcouru grâce aux associations qui ont fait bouger les lignes; les politiques qui, en Belgique, ont fait ce qu’ils devaient faire… Mais c’est vrai qu’il y a encore du travail pour changer certaines mentalités et réflexes homophobes (…) et il serait dangereux de croire que tout va bien.”

“En effet, l’arsenal législatif s’est adapté à la réalité mais au quotidien, l’homophobie reste un vrai problème, que ce soit à l’école, au boulot ou dans le sport ou pour l’accès à un logement. Et cela peut faire des ravages surtout chez les plus jeunes qui ont du mal à s’assumer et qui risquent de s’isoler.”

“De plus, il est clair que l’égalité totale n’existe pas encore. Si la Loi autorise l’adoption par des couples de même sexe, on sait très bien que l’adoption nationale reste très limitée par exemple. Mais, dans la même veine, l’égalité Hommes-Femmes n’existe pas encore non plus. Difficile de casser l’esprit patriarcal et quelque peu machiste de notre société…” 

Sur l’éducation. “Dans la cour de récréation, le petit Antoine (un bon “blanc bleu belge”) ne doit pas avoir peur du petit Mohamed ou de la petite Kim…plus tard il ne doit pas non plus avoir peur de son copain de classe homo…. On y arrivera en l’éduquant à la Diversité, tout simplement. Il faut déjà travailler structurellement sur les programmes scolaires pour un éveil à la Diversité. Pour tous les établissements, pas uniquement pour les établissements ayant la chance d’avoir un prof ou un Directeur ouvert…”

“Mais pour que ce soit efficace, il faut évidemment que l’éducation à la maison soit à la hauteur et qu’elle soit orientée de telle façon à en faire un adulte de demain tolérant qui vit des valeurs telle que la solidarité et le rejet des discriminations!”

“C’est souvent l’ignorance qui produit des réflexes de peur et de rejet. Avec parfois aussi des notions philosophiques et/ou religieuses qui voudraient faire croire que ce n’est pas “naturel”. il faut se battre chaque jour pour casser les stéréotypes, chacun doit en fait être ambassadeur de l’ouverture d’esprit.”

Sur les agressions homophobes. “Pour les victimes d’homophobies (discriminations, agressions verbales ou physiques), le Centre pour l’Egalité des Chances restent le contact privilégié. Ou des associations de terrain comme Ex Aequo qui peuvent jouer le rôle d’intermédiaire. Le plus important est de toujours porter plainte car l’homophobie est une circonstance aggravante!”


Michael François par Le_Soir
Michael François avait déjà répondu à nos questions concernant la méconnaissance profonde des jeunes sur le VIH et les autres IST.

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