#25, génération non engagée? “Les mouvements citoyens, la façon la plus efficace de se révolter”

Près de 70% des jeunes n’ont plus confiance dans la politique. S’ils s’engagent moins via les canaux traditionnels, ne s’engagent-ils plus pour autant? A moins qu’ils ne le fassent simplement différemment… Voici l’avis de nos avatars sur la question.

 

ImpressionSophie, 25 ans en 2014, Bruxelloise et engagée : “Je crois que c’est important qu’il y ait une confiance dans le monde politique tout comme c’est important que les gens se révoltent d’une façon ou d’une autre pour faire entendre leur voix. Si on reste juste dans son fauteuil, derrière la télé, rien ne va changer. Je crois que les mouvements citoyens sont la façon la plus efficace de se révolter, de se regrouper et de se faire entendre mais c’est une partie des choses seulement : on devra toujours convaincre les politiciens car ils auront toujours le dernier mot. C’est pour ça que je crois que c’est important d’avoir confiance dans le politique ou de nous-mêmes prendre les choses en main en s’investissant dans la politique. Quand on veut faire entendre sa voix, il faut s’engager.  Et une des façons de le faire, c’est la politique. En votant mais aussi en s’investissant directement à l’intérieur du système pour le changer. Les deux vont ensemble. Ce n’est pas l’un ou l’autre, mais l’un et l’autre.

Concernant l’écologie en particulier, je crois qu’on ferme les yeux. Tout le monde sait. Le récent typhon aux Philippines est encore un exemple de l’impact du changement climatique. On le sait, mais on ferme les yeux et on n’a pas envie de changer notre vie quotidienne. Même dans la jeune génération. Pourtant, ce sont des petites choses : recycler, ne pas acheter des produits qui viennent de l’autre côté du monde, etc. Je crois que le « switch » le plus important à produire dans les mentalités, c’est de consommer plus localement et plus consciemment. Les jeunes le savent mais ils n’ont pas toujours envie…

ficheidentitegeraldineGéraldine, 25 ans en 2014, Carolo et ambitieuse : “Je ne suis pas la politique. Je ne pourrais pas dire grand-chose là-dessus. Avant de voter, je me renseigne quand même mais en général je vote MR. C’est plus par tradition dans la famille. On a été élevé avec des idées un peu plus libérales. Quand je lis le programme, ça colle avec mes idées. Mais dans mes groupes d’amis, on ne parle pas de politique. Pourtant, j’ai confiance dans le politique parce qu’il y a beaucoup des gens engagés qui veulent faire bouger les choses. Personnellement, j’essaye plus de m’engager au quotidien. Par exemple, je fais partie de l’association « Camp de partage ». On prend 70 enfants de six à dix-huit et on les emmène en voyage pendant quinze jours et en week-end deux fois par an. Ils sont tellement différents de nous, ils te répondent du tac au tac. Parfois c’est difficile, mais ça ouvre les yeux.”



ficheidentitequentinQuentin, 25 ans en 2014, ouvrier et préoccupé
: ” La politique ne m’a jamais intéressé, mais ce n’est pas typique de notre génération. J’ai un ami engagé chez Ecolo, il a fait Sciences Po et il veut aller bosser au parlement européen. Il y a des gens qui sont faits pour la politique, d’autres non. Moi, personnellement, je préfère mettre l’accent sur le travail. Peu importe qui est au pouvoir, ce qui compte, c’est que je garde mon travail. Je suis grossièrement la politique de ma commune mais pas aux autres niveaux. Au niveau européen, je pense pourtant qu’il se passe énormément de choses intéressantes mais les médias insistent sur des sujets moins importants. Mais il faut laisser à nos policitiens le mérite que la Belgique tient toujours debout. Ce n’est pas à moi de juger leur compétence ou de leur expérience mais ils ont d’office un intérêt, celui des gens qui les ont élus. Une politique uniforme où tout le monde est content, ça n’existe pas.”

ImpressionMarie-France, 25 ans, cherche vainement un emploi: “Je trouve que notre génération reprend goût à la politique. Je vois de plus en plus de jeunes impliqués, qui veulent faire bouger les choses. Personnellement, je trouve que c’est très important. Je déplore simplement le fait que ce soit un monde où l’on allonge systématiquement de l’argent… Mais c’est comme ça partout. Puis honnêtement, ils disent tous la même chose. C’est assez confus. Personne ne m’a jamais convaincu. Je ne me reconnais pas spécialement dans les 4 grands partis. Ils sont trop dans le cliché. Le MR c’est pour les riches, le PS c’est ceux qui font semblant de faire quelque chose pour les pauvres, les Ecolo ils aiment les taxes et le CDH, c’est ceux qui ne font jamais rien parce qu’ils n’ont jamais l’occasion de ne rien faire. Je n’ai peut-être pas le bon regard … mais ça manque de franchise, on dit trop ce que les gens veulent entendre. J’attends un vrai bon coup de franchise, à la Michel Daerden! Lui au moins, avec un bon verre dans le nez, il disait toujours ce qu’il pensait, sans filtre.”

 

ImpressionGwendoline, 25 ans et maman :“Les 25 ans sont-ils une génération engagée ? Oui et non. Certains le sont. J’ai une amie qui est impliquée dans un parti politique, et elle est à fond dedans. Mais dans ces cas-là, je crois qu’il s’agit carrément d’un choix de vie. Elle a d’ailleurs été élue au conseil communal. Mais sinon, je ne pense pas que la plupart des jeunes de mon âge soient engagés. Ils n’en ont rien à faire de la politique. Aux élections, je me demande si ma génération ne vote pas un peu pour n’importe quoi.
Par contre, ma génération s’exprime sur Facebook, et utilise ce réseau social comme une forme de défouloir, pour exprimer ses opinions. Si l’on ne s’engage pas concrètement, je crois que c’est parce que l’on se dit que ça ne sert à rien, que l’on est tout seul, et que l’on n’y arrivera pas. Mais certains s’engagent tout de même dans des associations qui leur tiennent à cœur, ou des mouvements de jeunesse comme les scouts. Je suis par exemple engagée auprès de l’association « Animaux en péril ». Je suis marraine d’un cheval, et je contribue au financement de son alimentation, et à son épanouissement personnel.
 »

ficheidentiteleilaLeila, 25 ans en 2014, infirmière et Belge d’adoption : “En politique, on peut s’emmêler les pinceaux facilement et vite lâcher le morceau. J’ai parfois l’impression qu’outre les moments de campagne électorale, rien n’est vraiment fait pour rendre la politique accessible. J’aimerais être mieux informée, sans que ce soit uniquement une démarche intéressée de la part des politiques. C’est à ça qu’on aspire tous. Qu’on vienne me parler du fonctionnement du pays, de la façon dont il peut être amélioré, mais plus ces querelles politiques. Je crois d’ailleurs que c’est à l’école qu’il faudrait nous donner les armes pour bien comprendre notre système politique. Et je pense vraiment que la politique peut changer la société. C’est justement pour ça que je ressens une frustration de ne pas me sentir assez informée.”

Mais il n’y a pas que la politique pour s’engager. Sans le revendiquer, Leila est une jeune femme impliquée “dans les causes qui lui tiennent à coeur. Tout ce qui touche à l’humanitaire et à l’équitable me touche vraiment. Je vais de temps en temps faire mes courses chez Oxfam par exemple, et je contribue aux petites ventes au profit d’une cause humanitaire. J’ai également choisi mon métier en me disant : je veux travailler dans l’humanitaire, quelle sera la formation qui pourra le mieux me servir. C’est comme ça que je suis devenue infirmière. C’est vrai qu’être infirmière, ça peut déjà être vu comme un engagement.”

Et le scoutisme ? “C’est vrai que cela peut être vu comme un engagement. Mais ça me semble tellement naturel que je n’y vois pas spontanément de l’engagement. La jeunesse qui forme la jeunesse, c’est le top !”