“L’égalité homme femme ? On n’y est pas encore, mais on s’en rapproche !”

Le jeune Belge ne se bat plus pour des grandes causes idéologiques, mais préférerait se consacrer à des combats plus ponctuels. Mais est-ce également le cas de nos six avatars ? Se mobilisent-ils ? Si oui, pourquoi ? Quelles sont les valeurs qui les portent, et les combats qui les interpellent ? Voici leurs réponses.

 

ImpressionSophie, 25 ans en 2014, Bruxelloise et engagée : ”Il faut tout de même rester vigilant à ne pas connaître un retour en arrière sur des questions comme celle de l’avortement”

“Je crois qu’il y a aussi d’autres formes d’intolérance. On pense encore très fort en stéréotypes, on réfléchit en termes de “cases”. C’est bien d’avoir des cases, car ça nous permet de lire le monde ou la société, mais on doit pouvoir voir au-delà de ces cases. On est tolérant par rapport aux homosexuels, au stéréotype du gay mais dès qu’il a une autre couleur de peau,ou  un handicap, on n’est plus tolérant du tout. Il y a aussi les cases dans lesquelles on place les femmes et les hommes… Je crois que l’on est plus égalitaires que les autres générations. Heureusement d’ailleurs ! Mais on n’y est clairement pas encore. Chaque jour, les femmes prennent plus d’importance, mais c’est tout un processus. Les “top fonctions” sont encore souvent occupées par des hommes. Mais on ne doit pas viser une égalité telle qu’elle. En tant que femmes, on ne doit pas être la même chose que l’homme, mais on doit avoir la même valeur. Concernant l’avortement, le mariage homo et l’euthanasie, je crois que l’on ne se pose plus assez de questions sur le sujet, parce que ce sont des choses acquises. Je crois que ce serait quand même difficile de retourner dans le passé. Nous ne devons pas avoir trop peur à l’idée que l’on pourrait connaître une retour en arrière. Mais il faut tout de même rester vigilant. Mes trois valeurs sont la loyauté, par rapport à soi-même, à ses amis, à sa famille, à ses engagements, … Ensuite l’honnêteté, et la durabilité.”

ficheidentitegeraldineGéraldine, 25 ans en 2014, Carolo et ambitieuse : ”J’ai parfois l’impression que l’on me prend pour la secrétaire”

“Catholique mais non pratiquante, j’ai des valeurs chrétiennes. J’ai fait mon baptême, ma  communion, etc. J’ai ces valeurs ancrées en moi mais je ne vais pas à la messe, à part pour les mariages et les communions. J’ai aussi été à l’école primaire et secondaire dans un collège jésuite. Mes trois valeurs sont l’ouverture d’esprit, garder un sens critique, et la générosité. Je voudrais que mes enfants soient marqués par ça. Concernant l’égalité homme femme, mon milieu professionnel est très masculin. Parfois, j’ai l’impression que l’on me prend un peu pour la secrétaire. Mais je sais que je peux évoluer de la même manière qu’un homme qui a fait les mêmes études que moi. Je sais que les hommes qui m’entourent me considèrent comme leur égale. Dans ma colocation, les filles font la vaisselle autant que les mecs. Je n’ai pas les colocs les plus machos du monde.”


ficheidentitequentinQuentin, 25 ans en 2014, ouvrier et préoccupé
 :  ”Toutes les causes sont louables, mais je ne suis jamais descendu dans la rue pour en défendre l’une d’entre elles”

“Il y a toujours des tabous. L’égalité homme femme au niveau salaire n’ est toujours pas acquise. Les femmes ont le droit de vote et peuvent parler librement, mais il n’y aurait pas autant d’associations pour protéger leurs intérêts si on avait obtenu une égalité parfaite entre les hommes et les femmes. Dans mes relations, l’égalité homme femme n’est pas toujours respectée, alors qu’elle devrait l’être. D’autant plus vu le temps depuis lequel on en parle… Le mariage gay a été débattu durant quinze ans, avant qu’il ne soit inscrit dans la loi. Et pour l’égalité homme femme, ça fait trente, voire quarante ans qu’on en parle, mais ce n’est pas encore parfait ! Je ne comprends pas pourquoi ça ne se fait pas. A partir d’un moment, il faut avancer. 

Ma perception des personnes immigrées ? Je pense qu’ils se démerdent comme ils peuvent. Avant de commencer à travailler, j’avais un avis assez négatif sur la question, et je rejoignais des discours comme : “95% des personnes immigrées sont au chômage”. Je crois que cet état d’esprit me vient de l’environnement dans lequel j’ai grandi : une belle maison avec quatre façades et un jardin, dans une belle commune. Mais depuis que j’ai commencé à travailler, j’ai changé d’avis. Je suis dans une équipe avec deux Boliviens, un Russe, un Libanais et deux Marocains. Ces mecs, je n’aurais jamais pu trouver meilleure équipe qu’eux. Techniquement parlant, ils sont extraordinaires ! Et quand on parle de racisme, ils me disent : “Regarde tous ces étrangers qui ne travaillent pas !”. Aujourd’hui, je me dis qu’ils viennent en Belgique pour une bonne raison : parce qu’on offre de la stabilité ici, et si ça peut leur permettre de se construire et de participer à la vie active, et bien pourquoi pas. Mes collègues se sentent très bien ici, et je les considère tout aussi belges que moi. Ils travaillent autant que moi, ils sont soumis aux même taxes, ils ne gagnent pas mieux leur vie que moi. Au final, tout le monde se débrouille et essaye de faire ce qu’il peut… 

D’après moi, il reste des combats, et la donne peut à nouveau changer. Je pense notamment à l’avortement. Le droit à l’avortement est inscrit dans les mœurs, mais ce n’est pas pour ça que tous les gens l’acceptent. Pour ma part, je ne remettrai aucun des droits acquis en question. Mais pour être franc, je ne sais pas non plus pour quelle valeur est-ce que je suis prêt à me battre. Toutes les causes sont louables, mais je ne suis jamais descendu dans la rue pour en défendre l’une d’entre elle. Le droit à l’avortement est important. Et si on l’a accordé, autant se battre pour le garder. Idem pour le mariage gay. Je ne vois pas pourquoi tout le monde pourrait se marier sauf les personnes homosexuelles. Je pense que l’on pourrait développer et améliorer certaines lois comme l’euthanasie. Je trouve que c’est un sujet dont on discute toujours lorsque “tout roule”, mais on se met rarement à la place des personnes sur qui ça tombe, qui doivent prendre une décision, et qui ne sont peut-être en fait plus vraiment capable de donner leur avis. C’est un sujet que l’on devrait développer, d’après moi. Ou sinon, mes trois valeurs sont la fidélité, le respect et la sincérité.”

ImpressionMarie-France, 25 ans, cherche vainement un emploi: ” J’ai été atterrée de voir les Français se taper dessus sur la question du mariage homosexuel”

“L’homophobie, le racisme : c’est l’horreur chez les jeunes actuellement. Certaines personnes, quand elle voient un gay, elles voient ça comme une maladie qui pourrait les contaminer. C’est aberrant ! Il reste donc des combats à mener. J’ai été atterrée en observant  les Français se taper dessus dans la rue sur la question du mariage homosexuel. Comment peut-on en arriver là ? Et en Belgique, il y a aussi des progrès à faire sur la tolérance, car il y a trop de racisme et de discrimination. La tolérance à l’école, c’est dramatique. Si tu ne mets pas les chaussures à la mode, tu n’es pas intégré. Ayant moi-même toujours été assez potelée, je me suis régulièrement fait insulter !

Par contre, je crois que l’égalité homme femme existe. S’il n’y a pas assez de femmes à la tête des entreprises, c’est simplement parce qu’elles ont plus l’instinct de rester à la maison avec leurs enfants. Celles qui n’ont pas d’enfant ont des postes à responsabilité ! C’est comme ça que je le vois. Il y a des femmes mécaniciens, des hommes instituteurs. Moi je ne vois pas de différence, même s’il paraît qu’au niveau salarial, il reste encore quelques discriminations.”


ImpressionGwendoline, 25 ans et maman : ”Si on nous retire les droits acquis, c’est à ce moment-là que la jeunesse va se bouger”

“Notre génération ne se bat plus vraiment. On se dit que les grands combats sont acquis. Mais en même temps, il nous semble inconcevable qu’on nous enlève des droits comme celui de l’avortement. Je crois que si on nous les retire, c’est à ce moment-là que la jeunesse va se bouger. Pour nous, ces droits sont là, et c’est bien comme ça. Je crois que notre génération est quand même plus tolérante que ne le sont les personnes plus âgées. Parfois, je me demande si l’on n’est pas trop tolérant, et si l’on n’accepte pas trop de choses. Je vois des choses qui ne choquent plus personne, alors qu’elles devraient ! Par exemple le manque de respect de la part de certains jeunes. Quand je vois la façon avec laquelle certains adolescents parlent au plus âgés, je suis choquée. Nous avons grandi dans une société où il y a un certain respect envers les plus grands !

L’égalité homme-femme, je ne pense pas qu’elle soit 100% acquise, alors qu’elle devrait l’être. Mais je ne mène pas mon combat féministe pour autant. Si j’avais du temps, je m’engagerais dans beaucoup de choses, et j’aurais plus de combats. Mais entre ma fille et mon boulot, je n’ai pas le temps de me préoccuper de tout ça.”

ficheidentiteleilaLeila, 25 ans en 2014, infirmière et Belge d’adoption : ”Nous sommes une génération très tolérante, malgré certains faits relatés dans les médias”

“Je pensais qu’on était une génération très tolérante, mais certains faits relatés dans les médias nous montrent que ce n’est pas si acquis que ça. Quand on voit les manifestations en France contre le mariage gay par exemple, je me dis que tout n’est pas encore acquis. En Espagne, ils reviennent en arrière sur le droit à l’avortement. Des combats sont donc toujours à mener. Rien n’est jamais véritablement acquis, et on n’est pas à l’abri d’un retour en arrière. L’égalité homme femme, on n’y est pas encore, mais on est sur la bonne voie.  On ne perçoit pas directement que l’inégalité existe encore, mais au niveau du travail par exemple, on observe encore des disparités dans les salaires. Je pense que dans certains secteurs, cela peut encore transparaître. Mais dans ma vie, je ne le vois pas plus que ça. Dans mon couple, nous sommes tous les deux complètement autonomes. Si demain on habite ensemble, on continuera à se partager les tâches ménagères.

Mon regard sur les homosexuels ? Je pense qu’il existe toujours une discrimination à leur égard. Mais dans mon entourage immédiat, nous sommes tous très ouverts. Chacun vit sa vie tant qu’il ne nuit à personne. Concernant le racisme, je pense que c’est toujours une réalité, malheureusement. Mais j’ai la chance de ne jamais avoir eu de problème. Les gens qui m’entourent son très tolérants, ouverts, et voient les différences de races et de culture comme une richesse. C’est peut-être aussi parce qu’il n’y a pas plus européenne que moi ! A part ma couleur de peau qui pourrait trahir mon continent, je suis complètement européenne, complètement belge. J’ai été adoptée à l’âge de 4 ans, donc ma vie, elle est en Belgique. Et je n’ai jamais eu à me justifier, quand je dis que je suis belge et européenne. Je suis chanceuse, à ce niveau-là. C’est peut-être Bruxelles qui fait ça : la ville est vraiment diversifiée et cosmopolite. Les gens se sont sans doute habitués à cette diversité. Peut-être que si je me rends à la campagne, les gens me regarderont autrement. Mais je n’ai pas l’impression que les Belges vivent encore dans les clichés. Les valeurs que je défends par dessus tout sont le respect, et l’importance de s’enrichir des autres plutôt que de les voir comme ennemis.