L’intérim pour les jeunes, la solution ?

D’après le recensement de Federgon, la Fédération des prestataires de services RH, environ 26% des travailleurs intérimaires bruxellois sont des jeunes. Cela représente plus de 7.500 travailleurs.

Certains jeunes chercheurs d’emploi recourent à l’intérim comme première expérience professionnelle, avant de trouver un emploi plus stable. Mais pour les jeunes moins qualifiés, les offres d’emploi sont malheureusement plus rares.

Arnaud Le Grelle, le directeur Wallonie Bruxelles de Federgon, a répondu à nos questions concernant les particularités de l’intérim à Bruxelles.

L’intérim pour les jeunes à Bruxelles, la… par Le_Soir

Sarah Nuyens et Camille Toussaint (Ihecs)

 

Récit d’une intérimaire : « J’aurais dû commencer à postuler avant d’être diplômée »

Depuis juin 2013, Mélanie accumule les entretiens d’embauche. Sans succès. Diplômée comme sage-femme, elle a postulé dans différents hôpitaux de l’agglomération de Bruxelles. Les places sont limitées, les listes d’attente n’en finissent plus. Pour exercer son métier, Mélanie, 24 ans, n’a pas eu d’autres choix que de se tourner vers les boîtes d’intérim.

Il semblerait que la profession de sage-femme s’ajoute à la liste interminable des secteurs dits « bouchés ».  La raison principale de ce phénomène est sans doute l’arrivée massive d’étudiants Français qui viennent poursuivre leurs études médicales en Belgique. Mélanie ne se doutait pas que la concurrence serait si rude : « Si j’avais su, j’aurais commencé à postuler bien avant d’être diplômée ». C’est d’ailleurs le reproche que lui ont fait bon nombre d’employeurs. Mélanie aurait le profil requis, mais serait arrivée trop tard sur le marché de l’emploi.

Déterminée à ne pas baisser les bras, Mélanie a alors passé son temps à éplucher les offres d’emploi sur internet et à postuler en dehors de la ville de Bruxelles. Récemment, elle a trouvé un premier travail, en tant qu’intérimaire, dans un hôpital de la région de Liège. Peu importe les kilomètres à parcourir (sans voiture, qui plus est), elle n’a pas eu d’autre choix : elle devait accepter ce poste.

Mélanie s’est bien vite rendu compte qu’avec des missions d’intérim à raison de deux à trois fois par semaine, ses fins de mois allaient être extrêmement difficiles. Elle est alors passée à la vitesse supérieure, et s’est inscrite dans une seconde boite d’intérim.

Quand Mélanie ne travaille pas, elle passe la plupart de son temps au téléphone pour décrocher d’autres missions auprès des sociétés d’intérim. « J’ai parfois l’impression de devoir les harceler pour qu’ils me proposent des offres d’emploi », raconte-t-elle. Toutefois, elle constate que cela porte ses fruits. Plus elle se fait remarquer, plus elle obtient de propositions…

Parfois, il lui arrive que ses missions soient annulées en dernière minute. Pour s’assurer un salaire plus ou moins stable, Mélanie travaille dans quatre hôpitaux différents. Elle enchaîne les contrats journaliers, les trajets en tous sens et les gardes de nuit. « Tu ne peux rien programmer ! Parfois on m’appelle à 23 heures pour me demander de travailler le lendemain à 6 heures du matin. »

Il lui devient de plus en difficile d’avoir une vie sociale à côté du travail. Mais en tant que jeune diplômée, elle essaye d’accepter le plus de missions possible. Elle soutient que si elle en refuse l’une ou l’autre, les sociétés d’intérim ne la contacteront plus. En conséquence, Mélanie a toujours son téléphone sur elle, prête à répondre au moindre appel pour un travail. Elle l’avoue : c’est très stressant. Mais elle s’en veut lorsqu’elle rate une proposition de mission.

Mélanie déplore également que les intérimaires ne connaissent pas leurs droits. Elle a découvert, après six mois d’intérim, qui travailler plus de trois nuits d’affilée était illégal ; ou encore que la mutuelle aurait pu lui payer une partie de ses jours non prestées en cas d’arrêt maladie.

Néanmoins, Mélanie admet que grâce à l’intérim, elle a acquis de l’expérience, dans divers domaines. Elle remplit des missions très variées, qui la rendent débrouillarde. Selon elle, l’intérim est une étape nécessaire, surtout lorsque l’on est fraichement diplômé. Elle n’aurait pas imaginé rester deux mois au chômage. Dans son métier, la pratique est essentielle.

Cela ne l’empêche pas d’être déçue et inquiète pour son avenir. Après quatre ans d’étude, d’excellents rapports de stage et une grande distinction, elle n’a toujours pas de trouvé de travail fixe. Mais elle garde tout de même l’espoir et continue d’entamer toutes sortes de démarches pour se faire engager. A 24 ans, elle ne souhaite plus être dépendante financièrement de ses parents.

ihecs_logo_web_612x612Marie Tihon (Ihecs)

Cet article intervient dans le cadre d’une collaboration entre L’Ihecs et Le Soir, en vue de la tenue du grand débat des jeunes électeurs, le 25 mars prochain. Les cinq têtes de liste bruxelloises et francophones - Christos Doulkeridis (Ecolo), Didier Gosuin (FDF), Laurette Onkelinx (PS), Didier Reynders (MR) et Joëlle Milquet (CDH) – participeront à ce débat, animé par l’éditorialiste en chef du journal Le Soir, Béatrice Delvaux. Il sera question d’emploi, de mobilité et de pauvreté dans la capitale. Pour toute information (et pour s’inscrire au débat) http://studioweb.lesoir.be/FormManager/content/debat-jeunes-electeurs