SOS d’une diplômée en détresse

Nous l’avons toujours dit : ce blog, c’est aussi le vôtre. La semaine dernière, Guenaëlle nous a contactés pour nous faire partager sa situation. Après cinq années d’études, et plus de 8 mois de recherche d’emploi, elle a pris sa plume, ou plutôt son clavier, pour témoigner :

“Lorsqu’on entame ses études, à 18 ans, on nous prévient que la suite ne va pas être facile, qu’il va falloir travailler. Quand on termine aussi, on nous annonce que chercher du boulot, c’est un job à plein-temps, qu’on risque d’être déçu. On ne peut pas dire qu’on ne nous aura pas avertis, non. Par contre, on ne nous avait pas assez préparés…

Quand on est tout juste diplômé et qu’on cherche du boulot, on commence par la première étape : le CV et la lettre de motivation. Ca paraît simple, une liste de nos expériences, une lettre qui prouve qu’on est motivé et que notre diplôme peut servir à quelque chose. Puis, on apprend qu’il y a des règles : des choses à écrire ou à mentionner, un ordre à respecter, etc. On m’a dit de détailler précisément mes expériences, puis l’on m’a dit de faire court, on m’a demandé d’être originale dans la présentation, puis classique. J’ai 25 ans, cela fait 8 mois que je cherche du boulot, je ne compte plus le nombre de fois que j’ai modifié mon CV « sous les conseils de X ou Y » et ce n’est toujours pas bon. A chaque conseil différent, je me sens un peu plus perdue. Si même les recruteurs, administrateurs délégués, spécialistes en communication ou spécialistes RH ne sont pas d’accord entre eux sur les fameuses règles, comment est-ce que nous, jeunes inexpérimentés pouvons-nous faire la part des choses ?

Ensuite vient le moment où nous postulons et faisons face aux premiers obstacles. Parlons-en des obstacles ! Combien de fois ne tombons-nous pas sur le statut « ACS » ? Ce statut qui demande, entre autres, que l’on soit domicilié à Bruxelles, touche le chômage et possède au grand maximum un diplôme de baccalauréat. Désolée, je n’habite pas Bruxelles, j’habite en périphérie et j’aimerais trouver un emploi dans la capitale. Désolée également de ne pas encore toucher le chômage : si cela ne tenait qu’à moi, le stage d’attente appelé maintenant stage d’insertion (mais où est l’insertion ?) n’existerait pas, cela me permettrait au moins de ne plus vivre aux dépens de mes parents. Enfin, je suis vraiment désolée d’avoir réalisé des études qui me plaisaient et qui proposent un master, désolée d’avoir écouté tous ceux qui m’ont dit qu’un master me mènerait plus loin qu’un baccalauréat. La question que je me pose est celle-ci : s’il existe les ACS, quelles aides y a-t-il pour mon profil ?

Enfin viennent les refus à répétition. Les deux mêmes excuses sortent systématiquement : « Vous n’êtes pas bilingue, mademoiselle » ou « Vous n’avez pas assez d’expérience »
Commençons par le bilinguisme. Non, je ne suis pas parfaite bilingue. Non, je ne suis pas allée à l’école en néerlandais. Est-ce un crime d’avoir réalisé mes études dans ma langue maternelle ? Je parle le néerlandais. J’ai même réalisé un stage d’immersion d’un mois à Anvers, sans recevoir la moindre bourse, entièrement payé de ma poche (ou plutôt celle de mes parents). J’ai suivi des cours du soir également, et ce, dans le seul but de prouver ma motivation. Je comprends que les langues soient importantes, surtout dans ma branche, la communication. Mais à partir du moment où des néerlandophones me disent que je me débrouille vraiment bien, je me demande combien de temps encore je vais payer le prix de mon cursus scolaire en français…
Reste le manque d’expérience. Mesdames, Messieurs les recruteurs, je vous pose une simple question : Comment voulez-vous qu’un jour je possède ces fameuses années d’expérience si aucun d’entre vous n’accepte de me donner une première chance ? Je dois faire des stages? D’accord… Mais à quel âge vais-je gagner ma vie, quitter mes parents et même (on m’en parle déjà !) cotiser pour ma pension ? Parce qu’on le sait, la fin du parcours professionnel peut être encore moins drôle… Mais cette fois-ci, je m’y prépare bien.”

Guénaëlle Beeckmans, #25