« L’aide du CPAS nous a maintenus à flot, après notre exil de Colombie »

Jorge a 22 ans.  Lorsqu’il avait 16 ans, sa famille et lui sont venus vivre en Belgique, après avoir quitté la Colombie. A son arrivée à Bruxelles, Jorge a dû solliciter une assistance du CPAS. Un secours précieux pour tenir le coup… Six ans plus tard, il ne s’en sort toujours pas sans aide sociale : il bénéficie d’une bourse de l’université.

Jorge, jeune colombien, est réfugié politique en Belgique. Suite à des altercations entre ses proches et les autorités de son pays d’origine, l’ensemble de sa famille a dû quitter la Colombie, en 2008. Ils ont choisi la Belgique comme terre d’exil, pour tenter de recouvrer une vie meilleure. Une fois arrivé à Bruxelles, Jorge a recouru à des aides sociales, pour s’en sortir. Il revient sur ces six dernières années, qui n’ont pas toujours été faciles.

Pourquoi avez-vous eu besoin de l’aide du CPAS ?

Avec notre exil de la Colombie, ma famille et moi-même sommes passés, en un court laps de temps, d’une vie normale à une vie où nous n’avions plus rien. Nous ne connaissions personne en Belgique. Nous ne possédions aucun bien à l’époque. Nous avons trouvé un hébergement, pendant six mois, grâce au « Comité pour le Respect des Droits Humains ». Il s’agit d’une association qui s’occupe des personnes qui immigrent en Belgique. Ensuite, nous avons trouvé un appartement avec un loyer convenable, vu nos revenus. Mais notre situation financière ne nous permettait pas d’avoir une vie décente… Mes parents ont divorcé et ma mère ne touchait que 1.000 euros de chômage. Ce à quoi venaient s’ajouter les allocations familiales. Nous avions dû emprunter pour devenir propriétaire. Aujourd’hui encore, nous devons consacrer environ 900 euros à l’entretien de l’appartement et au remboursement de notre prêt… Pour toutes ces raisons, j’ai fait appel à l’aide du CPAS. A l’époque, j’ai reçu 150 € par mois.

Est-ce que ce montant vous a été accordé facilement ?

Il faut remplir plusieurs conditions pour y avoir droit. Le CPAS se renseigne sur ta situation familiale : “Est-ce que les parents sont divorcés ?”, “Une pension alimentaire est-elle payée par le père ?”, “Quelles sont les dépenses du chef de famille ?”, “Combien d’argent recevez-vous par mois ?”, etc. Il y a énormément de critères qui entrent en considération. Mais une fois les conditions remplies, cela ne prend pas beaucoup de temps pour bénéficier de l’aide.

 Dans quelle mesure ces ressources vous ont-elles servi ?

Le CPAS m’a beaucoup aidé personnellement, et donc, de façon indirecte, ma famille aussi. On aurait pu s’en passer, si nous n’avions pas eu le choix.  Cela aurait été difficile, certes, parce qu’il aurait fallu se serrer la ceinture d’autant plus fort. Les revenus qui m’ont été octroyés par le CPAS ont été le coup de pouce pour nous maintenir à flot.  En fin de compte, grâce à l’intervention du CPAS, Maman pouvait me consacrer moins d’argent, et avec mon petit pécule mensuel, je pouvais m’acheter de la nourriture, payer mes loisirs, mes sorties ou mes vêtements.

Aujourd’hui, vous ne bénéficiez plus de l’intervention du CPAS. Mais avez-vous d’autres aides sociales ?

Oui, j’en reçois du côté de l’université. J’ai introduit une demande de bourse et grâce à cela, je n’ai pas dû payer mon minerval. J’ai également obtenu 40 euros pour acheter mes syllabi. Ce n’est qu’une partie du budget nécessaire, mais cela allège déjà beaucoup la note. D’ailleurs, il faudrait que je pense à acheter ceux que je n’ai toujours pas !

Et votre avenir, vous le voyez comment ?

Mes parents sont séparés, et la situation est assez compliquée. Nous vivons à trois dans notre appartement : Maman, ma petite sœur et moi. Mais ma sœur n’a pas sa propre chambre, elle dort avec ma maman. L’exiguïté des lieux génère des disputes, si bien que je ne parviens plus à travailler chez moi. Cela perturbe mes études. De plus, je ne veux plus que ma petite sœur subisse cette situation. Pour toutes ces raisons, j’aimerais emménager dans un kot. Je suis donc en train de refaire appel aux services du CPAS, qui pourrait m’accorder entre 800 et 900 euros d’aide par mois.

ihecs_logo_web_612x612Propos recueillis par Charles Regnier, Nastassia Rankovic et Louise Vanderkelen (Ihecs)