Les vacances d’été, tout un festival pour les #25

Pour Dour, Werchter, Tomorrowland, Esperanzah, ou les Ardentes, les jeunes de 25 ans sont souvent prêts à sacrifier leurs jours de congé et leur budget vacances. On entre dans la famille des festivaliers de plus en plus tôt. Voici quelques témoignages. Et vous? Vacances d’été riment-elles aussi avec festivals? Racontez-nous vos expériences !

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Il y a deux mois, la larme à l’œil, Delphine, 25 ans, a dû retirer les cinquante bracelets à son poignet pour son mariage. «Ils symbolisaient tous mes souvenirs accumulés, les amis que j’ai rencontrés, ceux que j’ai revus chaque année, les bons et les mauvais moments de festivalier comme la tempête du Pukkelpop en 2011. J’ai de la chance, je travaille en tant qu’intérimaire donc ça me permet d’avoir des horaires flexibles l’été. Je leur dis que je ne suis pas disponible pour profiter de Werchter, de Dour, et mon préféré c’est le Groezrock. J’ose aller là-bas toute seule tellement les gens sont ouverts, et on peut parler facilement.»

Comme beaucoup de jeunes adultes, Delphine et Sébastien sont rentrés dans la famille des festivaliers alors qu’ils étaient adolescents. Un phénomène constaté par Emmanuel Négrier, directeur de recherche CNRS au Centre d’études politiques de l’Europe latine à Montpellier, qui a dirigé plusieurs études européennes sur les publics de festivals. «C’est devenu un rite initiatique, le passage obligé à un certain âge qui varie entre 13, 14 ou 16 ans selon les familles. On entre dans la grande caravane des festivaliers et puis on n’en sort pas avant quelques années, voire jamais.» Un renouvellement du public qui n’est pas synonyme de rajeunissement. «Paradoxalement la moyenne d’âge de tous les festivaliers n’est pas plus jeune. Dans les années 1970-1980, ceux qui allaient écouter du rock à Werchter ou aux Eurockéennes de Belfort, n’allaient pas croiser leurs parents là-bas, parce qu’ils n’écoutaient pas ce genre de musique. Aujourd’hui, ces mêmes générations continuent de fréquenter les festivals de leur jeunesse. Les festivals tendent à devenir multigénérationnels.»

D’après leur étude comparée des festivals européens (Festivals de musique(s), un monde en mutation, 2013), les festivals de Rock&Pop vont chercher l’essentiel de leurs publics sous la barre des 40 ans, contrairement à ceux de musique classique. Quatre festivaliers sur 10 ont entre 18 et 25 ans. La palme du style intergénérationnel revient aux festivals de style World&Trad (musiques du monde) où les tranches d’âge les plus significatives sont celles des 26-40 ans (49%), des 41-60 ans (36%) puis des 18-25 ans (15%).

Les jeunes ne sont plus les rois des festivals, qui eux ont su s’adapter. «Ça engendre des transformations sur le confort, la prévention en matière de décibels, la nourriture, etc., poursuit Emmanuel Négrier. C’est comme un deuxième âge des festivals.»

Aujourd’hui, le jeune festivalier a plutôt l’allure d’un étudiant que celle d’un actif de 25 ans. C’est pourtant à cet âge-là, au moment où l’on quitte les études, que notre portefeuille nous permet un Pass de trois jours au Pukkelpop. Mauvais timing, c’est aussi la fin des congés d’été et du temps libre pour écumer les prés endiablés. Rebecquois de 25 ans, Sébastien, a commencé son nouveau boulot de jardinier le lendemain du Graspop. «Cet été malheureusement, je n’ai pu faire aucun festival. D’habitude, j’en fais au moins un. En général, je suis au Graspop, à Werchter, à Dour et au Pukkelpop. Je passe mes vacances en festival. Et je reste tous les jours sinon rien. L’endroit est le même mais la musique et l’ambiance changent. Quand tu es en festival, tu es dans une petite bulle. Je suis assez casanier donc je préfère partir quelques jours en festival et camper sur place.»

Il fait partie des aficionados. Qu’il pleuve ou qu’il vente, Sébastien ne manquerait pour rien au monde ces rendez-vous annuels. «La première année, ils font un jour, ensuite ils font les quatre, et petit à petit ils s’approprient le festival, analyse Emmanuel Negrier. C’est ce qu’on nomme la carrière de festivalier. Mais ils ne sont pas majoritaires. Dans notre étude sur les festivals de musiques dans le sud de la France, 40% du public étaient là pour la première fois et 30 à 40% représentaient un noyau de public fidèle.»

En habitué, Sébastien retrouve des campeurs avec qui il avait sympathisé les autres années «J’ai une amie que je ne vois qu’à Werchter. C’est notre petit rituel.» Pour l’été prochain, il se promet de réserver quelques jours de congé. Il hibernera cet hiver après son dernier festival de l’année, Autumn Rock. Et sortira bien assez vite de sa grotte pour revenir chaque lundi, à partir de juillet, avec ses bracelets autour du poignet et ses anecdotes de rencontres délirantes à Tomorrowland, ses marques de bronzage, ou son rhume, chopé sur la plaine de Dour.

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