Rebecca (commu) : « Ceux qui sortent bilingues de l’unif sont ceux qui y sont arrivés bilingues »

La plupart des sortants de l’unif se disent incapables de parler correctement néerlandais. Ce qui peut constituer un véritable handicap dans le milieu professionnel. La faute à l’unif’? De jeunes actifs témoignent.

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Rebecca est sortie d’études de communication il y a trois ans. Elle qui aimait beaucoup le néerlandais a dû se battre pour continuer à l’étudier… et passer par des organismes privés ou des formations Actiris. « J’avais hésité à faire les langues mais je ne voulais pas être traductrice, commence-t-elle à raconter. J’ai fait commu un peu pour cela aussi. »

« Pas le rôle de l’unif’ »

A son entrée à l’unif, elle choisit le néerlandais comme première langue et doit passer un test de niveau pour l’orienter. Bonne nouvelle : elle a d’emblée accès au cours de deuxième bac. « J’avais eu de bons cours en humanité, et j’avais fait un petit échange » Passée en deuxième, Rebecca attend beaucoup du cours de néerlandais : « Je me disais que j’allais avoir un cours plus poussé. » Espoirs déçus. « Comme j’avais déjà eu le cours de deuxième en première, je n’avais plus aucune heure de néerlandais prévue dans mon cursus jusqu’à la fin de mes études ! » Pas découragée, Rebecca demande à suivre des cours de néerlandais en élève libre, en dehors donc de son programme. Impossible, lui rétorque-t-on : « On m’a dit que les cours d’anglais, de néerlandais et d’espagnol étaient déjà les plus prisés pour les cours obligatoires et qu’ils n’avaient donc pas les moyens logistiques pour autoriser l’accès à des élèves libres ».

A l’époque, Rebecca est déléguée de classe en bac. Elle fait part au conseil de sa section de ce qui se dit dans l’auditoire, à savoir qu’il y a des lacunes dans l’apprentissage des langues. Le responsable du conseil lui répondra tout net que ce n’est pas le rôle de l’unif et que d’ailleurs – un comble – « la communication n’est pas axée sur les langues ». En attendant, Rebecca poursuit ses cours d’anglais, choisit de prendre l’allemand en élève libre et pars en Erasmus en Espagne (son second choix, le premier étant au Pays-Bas, mais elle ne l’obtiendra pas).

« Sans le néerlandais à Bruxelles, ce n’est pas possible »

« Quand je suis sortie de mes cinq années d’unif, je n’avais plus parlé le néerlandais depuis 4 ans, j’ai donc financé moi-même une semaine de cours intensif au CLL ». En stage d’attente au chômage, elle profite également des chèques langue d’Actiris, qui lui donnent accès à 60 heures de cours individuels gratuits puis encore à ce même nombre d’heures de cours particuliers lorsqu’elle décroche son premier emploi. Ce qui n’a pas été sans peine : « sans le néerlandais, à Bruxelles, ce n’est pas possible. Je suis restée deux fois 6 mois au chômage, entrecoupé par un stage à la commission européenne ».

Pour Rebecca, l’université devrait assumer ce rôle : « Ceux qui sortent bilingues de l’unif sont ceux qui y sont arrivés bilingues. Sinon, ce n’est pas possible ou alors la seule solution réside dans des cours privés, que l’on doit payer soi-même ! Je pense que l’unif pourrait prendre cela en charge, d’autant plus qu’en commu, nous avions des horaires plutôt légers. Quand je compare avec certaines hautes écoles qui offrent le même type d’études, ils sont mieux armés en sortant. Cela dépend des études, d’accord, mais de façon générale, les trois langues nationales devraient être beaucoup plus présentes dans notre système éducatif. » Aujourd’hui responsable communication-marketing, Rebecca se sert de son néerlandais tous les jours pour son boulot : « Chacun parle dans sa langue mais presque tous les néerlandophones savent tenir la conversation en français, ce n’est pas le cas de tous les francophones. J’essaie, mais ça dépend avec quel collègue… »  L’UCL affirme que l’apprentissage des langues a depuis été renforcé dans le cursus de communication. La persévérance de Rebecca aura peut-être un (tout petit) peu payé.

Elodie Blogie