La chronique : “Ma voiture, ma liberté conditionnelle”

Au travail, à la cuisine, sur la route, dans la vie de tous les jours : il y a des moments où l’on se dit qu’avoir 25 ans aujourd’hui, c’est un doux mélange de grosses galères et de petites merveilles au quotidien.

Chaque semaine, découvrez la chronique #25 sur le blog et dans la rubrique “Vie quotidienne” du journal.

photo selfie voiture

Il y a des jours comme ça, où l’on se réjouit d’avoir passé l’âge des caramels mous. Parce que, si on en avait eu un dans la bouche, on l’aurait avalé de travers en voyant les trois chiffres de la facture du garagiste. 564. Euros ? Oui, euros. « C’est que votre maman n’a pas été très consciencieuse, elle n’est pas venue à l’entretien depuis deux ans », lâche le mécanicien d’un air faussement compatissant. C’est surtout que la voiture, je l’ai tellement empruntée depuis un an que ma mère n’a pas eu beaucoup l’occasion de la regarder droit dans les phares.

Aujourd’hui, à bientôt 26 ans, il est temps pour moi de la racheter… Et de payer l’entretien, le contrôle technique, les nouvelles plaques et tout le tintouin. Je jette un œil à la facture : doses d’huile, additif diesel, filtre antiodeurs,… J’ai l’impression de lire une incantation de magie noire. Qu’on me rende mon conte de fées ! Que reste-t-il de nos bicyclettes et de nos beaux patins d’antan ? Une photo, vieille photo… de ma jeunesse. Bonheur fané.

Déjà que, pour cet entretien, j’ai passé une bonne partie de mon précieux dimanche à me la jouer Cendrillon pour nettoyer le bolide – qui tenait plus de la citrouille que du carrosse, je dois bien l’avouer. En fier destrier d’un jeune cavalier hashtag25 qui se respecte, ma petite Fiesta en a vu passer de toutes couleurs. Boues de prairie de festival, vieux restes de boissons, vêtements non identifiés (leurs propriétaires –Perrault parlait de prince charmant, n’est-ce pas – peuvent les réclamer au 0477…), miettes de chips, petits mots doux, bijoux égarés depuis des lustres… Finalement, cette voiture, c’est un peu une deuxième maison. Elle sera officiellement à mon nom dans quelques semaines. J’ai déjà planqué le paquet de caramels mous : à chaque nouveau devis d’assurance, bizarrement, je manque à de déglutir.

Mais quelle rabat-joie suis-je, voyons ! « La voiture, c’est la liberté », remarque ma mère. C’est sûr : la liberté d’être bob environ à toutes les soirées, celle de se farcir les embout’ à Grand-Bigard, ou encore celle de faire un arrêt à la gare pour prendre Adelaide et Jacqueline – qui, en parfaites bobos, boycottent les quatre-roues, et qui, elles, ne vont pas se gêner pour siffler tout le Chardonnay à la soirée d’Yvette. « Boire ou conduire, de toute façon on n’a pas de voiture », disait l’autre. Ce qui est bien, avec l’achat de cette auto, c’est que je n’aurai bientôt plus d’argent pour l’abreuver en diesel. Pas grave : cela me fera une excuse pour prendre le train, hydrater mon gosier plutôt que celui de la carlingue et squatter le canapé d’Yvette. Après tout, il faut bien que vitesse se passe.