Laurence Rase (championne de Taekwondo): “Je ne suis jamais allée aux cours”

Figure emblématique du taekwondo entre 1997 et 2009, Laurence Rase a gagné notamment deux médailles mondiales et deux autres européennes (dont une en or en 2006). Parallèlement à sa carrière sportive, elle a mené des études de droit.

Photo: Belga. Photo: Belga.

Lorsque Laurence Rase, 37 ans, ancienne championne de taekwondo, aujourd’hui directrice technique à la ligue flamande de ce sport de combat, jette un regard sur ses années universitaires, le ton de sa voix s’illumine. Elle a l’air amusée. Et s’explique aussitôt.
« J’ai terminé mes études de droit à l’université de Liège à 30 ans », rigole-t-elle en rectifiant derechef l’interprétation négative qu’on pourrait avoir : « Comme je faisais du sport de haut niveau, j’ai pu étaler mes études, ne croyez pas que j’ai raté des années et que je me suis acharnée… » Le droit permettait ce système d’étude suivie plus à domicile que dans les auditoires. « C’est une des raisons de mon choix car si j’avais dû fréquenter des laboratoires, cela n’aurait pas été possible, précise-t-elle. Mais vous pouvez même aller plus loin : je n’ai jamais été au cours », pouffe-t-elle. Et son souvenir s’éclaire : « J’avais une amie, Christine, aujourd’hui huissier de justice, qui me refilait ses notes, lesquelles ajoutées aux syllabus me permettaient de rédiger des résumés tellement bien construits qu’aujourd’hui encore, on m’a dit qu’ils circulaient à l’Unif ! ».
La débrouillardise est-elle la seule qualité retirée de ces années universitaires que cette courageuse sportive a vécues tant en région flamande que francophone au gré des clubs qui l’ont abritée pour la pratique du taekwondo. « A Anvers, j’ai aussi décroché un diplôme en sciences politiques avant d’entamer en néerlandais des études de droit et de les finir à Liège. Mon bagage périphérique à la matière proprement dite, c’est donc le flamand que j’ai appris sur le tas. La maîtrise de cette langue m’a ouvert bien des portes, déjà pendant ma carrière sportive, et forcément en 2010 quand j’ai pu obtenir mon poste actuel en région flamande. Comme je suis passée sans réelle transition de mon statut de sportive en activité à ce métier, j’étais bien contente aussi d’avoir appris à structurer mon travail pendant mes années d’études. Sans compter la rigueur indispensable pour bien réussir dans tout ce que l’on entreprend. »
Si elle a bénéficié de la compréhension de ses professeurs, voire de l’admiration de certains pour sa faculté à combiner sport de haut niveau et études supérieures, Laurence Rase, mère d’un enfant de 3 ans et établie en Flandre orientale en étant originaire de Mons, considère qu’aujourd’hui l’université est vraiment beaucoup plus flexible à l’endroit des sportifs qui désirent mener de front une carrière ambitieuse dans leur discipline et des hautes études. « Les programmes se font carrément à la carte », pose-t-elle en ayant notamment débattu du sujet avec les athlètes auxquels elle donne ses leçons d’entraîneur diplômée (3 ans de cours). « A mon époque je me suis sentie soutenue, mais là, c’est un vrai bonheur pour les candidats à cette double vie. Et comme à mon instigation en 2005 auprès de Claude Eerdekens, alors ministre des Sports de la Communauté française, les étudiants peuvent aussi décrocher un contrat de sportif en Wallonie, c’est vraiment du gâteau ! Bon faut quand même le faire… ! »
Guy Milecan