Le groupe du vendredi, un think tank jeune

“Le Soir” publie à partir d’aujourd’hui les résultats du Thermomètre Solidaris – RTBF – Le Soir portant sur la vie des jeunes adultes entre 18 et 30 ans. Les témoignages sont rapatriés sur ce blog pour vous permettre de réagir.

Le premier constat est particulièrement sombre : leur vision de la société et de son avenir s’avère très pessimiste. La méfiance dans le système en général, politique en particulier, est criante. Un chiffre fort: 4% des 18-30 ans font confiance aux partis politiques.

Nous avons décidé de vous présenter une association de jeunes qui s’inscrit à contre-courant de cette tendance: le groupe du vendredi.

Friday Group

Une vingtaine de jeunes engagés dans la vie sociale, économique ou politique de notre pays qui se réunissent pour réfléchir à des solutions inventives pour les défis de demain.» C’est ainsi que se définit le groupe du vendredi, qui existe depuis bientôt deux ans. L’association est composée de jeunes de 25 à 35 ans.

Nous avons rencontré quatre membres de ce groupe pour débattre de différents sujets : logement, travail, enseignement… A la table : Naïm, économiste, Charlotte, étudiante en droit, Brieuc et Laurent, tous deux économistes. Certains sont engagés en politiques, d’autres pas. «Nous sommes pluralistes, on accepte les orientations idéologiques de chacun », commente Brieuc, le président du groupe.

Premier débat : le financement des études supérieures. «Personne n’est d’accord sur ce sujet », entame Charlotte, en riant. « Le groupe, c’est un endroit où on discute des choses. Certaines opinions du groupe sont diffusées dans la presse, ça ne veut pas dire qu’on est tous d’accord. Mais le débat a eu lieu. » Les idées fusent : augmenter le financement de base, mettre en place un système de minerval plus élevé mais différé. Très vite, les restrictions pratiques apparaissent : «En Communauté française, pour avoir des fonds pour le supérieur, il faudrait négocier avec d’autres niveaux de pouvoir puisqu’on fonctionne en enveloppe fermée », remarque Laurent.

La discussion se poursuit sur les pensions, le marché du travail et le logement. Les membres du groupe sont emballés, cherchent la confrontation, se chamaillent gentiment. «On sait que tu es VLD, toi», lance Laurent à son président, le taquinant sur un de ses positionnements.

Bref : ces quelques éléments d’ambiance montrent bien l’esprit collectif du groupe, que nous avons sollicité une nouvelle fois pour un commentaire sur les grands résultats de l’enquête Solidaris. En deux jours, plusieurs membres se sont penchés sur la question et nous ont fourni des notes longues de deux pages.

De l’analyse, de la niaque et du clash

Attardons-nous sur ce chiffre : 5 % des jeunes pensent que voter permet vraiment de changer les choses. «C’est tout de même étonnant que 95% des jeunes le pensent encore après le 25 mai ou la victoire de la N-VA a quand même fondamentalement changé le visage politique de notre pays. Il faudrait peut-être les réinterroger maintenant que les élections en Grèce ont amené Syriza au pouvoir », commente Naïm. Autre commentaire du groupe : «Offrir le droit de vote sans une éducation à la citoyenneté c’est un peu comme offrir une voiture sans permis de conduire…»

Testez le groupe du vendredi sur le pessimisme apparemment généralisé des jeunes pointé par Solidaris. Ils vous répondront que le discours serait sans doute différent si on tenait compte de davantage d’indicateurs (l’amélioration de la qualité de l’air, par exemple), que les médias jouent un rôle dans le négativisme ambiant, qu’on oublie qu’on vit dans une société de confort.

Bref : vous trouverez chez eux de l’analyse, de la niaque, du clash, mais pas de bras baissés.

vendredi

Voici d’autres réactions du groupe sur les rapports des jeunes aux institutions.

Un jeune sur deux pense que l’enseignement ne prépare pas bien au monde du travail

-      Les universités par exemple sont fort déconnectées du monde « réel » en règle générale. Il serait sans doute utile d’étendre les relations entre les instituts de formation et les entreprises/institutions. Cela peut passer notamment par des séminaires de personnalités issues du monde du travail et des stages.

-       Peut-être aussi est-il intéressant d’encourager les jeunes à travailler un temps avant de s’embarquer dans un programme de Master, de manière à ce qu’ils aient une meilleure vision de leur futur professionnel avant de se spécialiser.

-       Il y a certainement un travail d’information à faire aussi pour les jeunes qui sortent de l’enseignement secondaire. Beaucoup ne sont pas conscients des opportunités potentielles d’emplois qui s’offriront à eux lorsqu’ils sortiront de leurs études supérieures et sont dès lors surpris à la sortie. D’un autre côté, il est évident qu’il n’est pas si facile de se projeter dans le futur à 18 ou 20 ans.

-       Assurer un enseignement de qualité passe aussi par la revalorisation de celui-ci à tous les niveaux et, en particulier, des filières technique et professionnelle.

64% se disent inquiétés par le système économique et financier

-       C’est le nœud du problème économique aujourd’hui : le manque de confiance généralisé. Celui-ci est malheureusement auto-réalisateur. Il n’y a pas de baguette magique pour restaurer la confiance. Beaucoup a déjà été fait au niveau des autorités budgétaire et monétaire. Il y a encore du chemin à parcourir. Probablement le message d’austérité devrait être plus nettement adouci et, à nouveau, il est nécessaire de faire place à davantage de positivisme, mais ça ne se décrète pas si facilement.

-       Le système financier et les banques en particulier ont des responsabilités extrêmes dans la société. Si une grande entreprise fait faillite, c’est une catastrophe pour les employés et les fournisseurs. Si une grande banque fait faillite, c’est une catastrophe pour le pays, tant les banques sont interconnectées et leur rôle est essentiel au bon fonctionnement de l’économie.

-       Les banques en réalité ont une activité de service public – leur bon fonctionnement profite à la collectivité dans son ensemble – mais sont privatisées. Cela ne pose pas nécessairement problème et présente même des avantages mais la privatisation des bénéfices dans ce contexte peut pousser à des prises de risques inconsidérées, comme nous l’avons vu avant 2008/09.

-       Le secteur financier de son côté doit être capable de démontrer qu’il a fait évoluer la culture en son sein, qu’il a tiré les leçons du passé et qu’il prend pleinement la mesure de ses responsabilités sociétales.

Seul 11% des jeunes croient encore dans l’échelle sociale

-       Le problème est que l’égalité des chances est un mythe, même dans une société aussi redistributrice et dans laquelle l’enseignement est aussi accessible que la nôtre.

-       Il y a sans doute lieu de compenser davantage les « inégalités de base » en offrant un enseignement plus adapté aux besoins d’éducation et de formation de certains pans de la population.