TAUDIS OU VITRINE A HENSIES ?

Cinq ans après l’ouverture des frontières, l’Europe fait grise mine sur l’autoroute Paris – Bruxelles. Pourtant, l’ancienne douane pourrait encore servir.

Sollicités par le député socialiste Richard Biefnot, plusieurs conseils communaux de l’arrondissement de Mons ont adopté, en cette fin d’année, une motion qui regrette l’état d’extrême délabrement du poste frontière d’Hensies, sur l’autoroute Paris – Bruxelles, et qui plaide pour qu’un aménagement des lieux soit entrepris dans les plus brefs délais. Le marché unique a en effet rendu inutiles les installations des services de la douane et les a transformées du même coup en chancres pitoyables. Triste première vision pour les milliers d’automobilistes qui pénètrent chaque jour en Belgique par cet axe autoroutier.

Les lieux sont toujours propriété de l’État. Le ministre Flahaut a toutefois confié à l’élu montois que la Région wallonne s’est montrée intéressée par ce chancre : elle pourrait l’acquérir et… le raser pour doter l’autoroute de Wallonie d’un nouveau parking. A ce jour, aucun accord n’est toutefois intervenu en vue d’une éventuelle cession de patrimoine.

De toutes façons, pour Richard Biefnot, qui tente d’en convaincre les élus de sa région, l’option retenue par la Région serait excessivement minimaliste : Ce projet est très réducteur, explique-t-il. Dans le cadre du redéploiement économique de Mons-Borinage et de ses environs, il n’intègre pas l’intérêt que constitue ce lieu de passage privilégié sur l’autoroute qui relie Paris à Bruxelles. Et c’est vrai qu’un bref tour des lieux donne vite une idée de ce que pourraient offrir comme atouts notamment touristiques une rénovation du poste de douane et de ses dépendances, puis l’aménagement d’un point d’accueil vraiment digne de ce nom.

Le comble, c’est évidemment qu’un tel projet existe bel et bien. Il émane d’un candidat investisseur privé qui lutte depuis… cinq ans pour concrétiser son idée et qui se heurte à l’immobilisme de l’administration. La SPRL Lembourg-Meresse est pourtant bien connue au poste frontière de Hensies. Côté belge, elle y gère déjà le petit bureau de change et la buvette qui accueille les automobilistes de passage; côté français, elle est à l’origine du «Tourisme shop» aménagé récemment en aval du bureau des douanes. L’investissement a été de trois millions de francs français et a permis de créer huit emplois. Nul n’est prophète…

Cette infrastructure française est somme toute le modèle réduit de ce que Alex Lembourg et les siens envisagent de réaliser au départ des bâtiments douaniers belges, qui seraient évidemment revus de fond en comble. Ceux-ci abriteraient une «maison Wallonie Hainaut» qui rassemblerait un bureau d’informations touristiques, un service de change, une boutique de produits régionaux et un restaurant mettant en valeur les spécialités de chez nous, un centre d’information routière, une salle de réunion, des espaces sanitaires et de repos… L’investissement prévu par la société hennuyère avoisine les 42 millions et engendrerait rapidement la création de 26 emplois.

Alex Lembourg se dit prêt à aller de l’avant. L’État réclamerait quatre millions pour se soulager de sa douane ? Une somme qui n’émeut pasla petite société hennuyère qui paie actuellement deux millions par an pour louer ses minuscules locaux actuels, à deux pas de là…

E. D.

Une douane avec des airs de fin du monde

Ce poste frontière est un parfait résumé de l’histoire européenne récente. A Hensies, les douaniers belges sont aux abonnés absents depuis le 1er janvier 1993. Mais, cinq ans plus tard, leurs confrères français continuent à donner le change, dans leur guérite d’un autre âge qui s’ouvre sur l’aire de Saint-Aybert.

Marché unique ou non, les traditions frontalières ne se perdent pas : le clignement d’oeil ou l’inclinaison automatique de tête tiennent toujours lieu d’accord tacite pour la plupart des automobilistes en route vers Paris. Mais les tergiversations hexagonales à propos de l’application des accords de Schengen autorisent encore l’un ou l’autre regard scrutateur, une demande hâtive de papiers ou, plus rare, un «rangez-vous sur le côté, s’il vous plaît !» du genre qui ne se conteste pas.

A l’inverse, de l’autre côté du curieux monument de béton qui illustre l’amitié franco-belge depuis 1972, l’entrée en Belgique n’est plus qu’une formalité. C’est bien simple : le poste frontière est en ruine. On n’a jamais pris la peine de réparer les dégâts causés dans un moment d’égarement par un autocariste distrait qui avait percuté le rideau de métal et de bois figurant l’accès au territoire national.

Ce laisser-aller immobilier donne des allures postnucléaires aux quelques instants haletants qui voient les conducteurs lever le pied et retenir, malgré tout, leur souffle lorsqu’ils quittent un pays pour entrer dans un autre. C’est donc cela, la Belgique : un poste frontière qui manque de vous tomber sur la tête…

Et comme s’ils ne voulaient pas être en reste, les locaux antédiluviens des douanes sont eux aussi en piteux état. Les lambeaux miteux de ce qui fut sans doute, dans une autre vie, un drapeau national, donnent le ton, devant une porte d’entrée brisée par quelque vandale de passage. Ce sont des bâtiments sans genre, de ces caissons préfabriqués dont on dotait les administrations à l’étroit ou les écoles surpeuplées, il y a quelques années à peine.

La végétation qui résiste aux papiers gras et aux canettes vides a tout envahi. Le parking n’est pas loin, champ d’ordures qui flottent au vent d’hiver. Deux carcasses de voitures, pneus crevés et vitres brisées, côtoient les véhicules de passage, qui ne s’attarderont pas. On les comprend.

DEFFET,ERIC
Cette entrée a été publiée dans Non classé. Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>