Editorial : La nouvelle forme de la guerre

Le monde est éberlué, horrifié et inquiet. Horrifié par la violence effroyable, inhumaine et injustifiable de cette attaque contre une grande nation démocratique. Notre émotion est immense, à la mesure de la catastrophe humaine. Nous ne pouvons que nous inscrire dans le vaste courant de solidarité et de compassion qui s’est manifesté dès les premières heures du drame à l’adresse du peuple américain. N’est-ce pas, au-delà des Etats-Unis, la civilisation que nous partageons avec eux qui est aujourd’hui défiée?

Le monde est inquiet. Il ne croyait pas une telle attaque possible. Il découvre une autre nature de l’horreur, une nouvelle forme de la guerre. Le terrorisme a pris hier une dimension sans précédent dans l’histoire, qui jette une ombre épaisse, comme un doute angoissant, sur le nouveau siècle.

Le monde est inquiet parce qu’il découvre que le géant américain, désormais seule superpuissance dotée de moyens incomparables pour assurer aussi bien sa sécurité que celle de ses alliés et celle de la planète, a des pieds d’argile. Les projets les plus sophistiqués de protection antimissile paraissent dérisoires face à la détermination de quelques terroristes. On n’ose imaginer l’ampleur de la menace dès lors qu’une bombe atomique peut tenir dans une valise.

Les auteurs de ce crime d’une gravité exceptionnelle doivent être poursuivis et punis. Avec détermination, mais avec sang-froid. Car le monde est aussi inquiet des réactions que ce géant blessé, meurtri dans les symboles mêmes de sa puissance, peut décider. Les Etats-Unis sont entrés en guerre, en 1941, après Pearl Harbor. Ils risquent d’entrer aujourd’hui encore en guerre, contre un ennemi insaisissable, à travers le monde, de replacer la question de la sécurité à l’avant-plan de la scène internationale, et de faire monter d’un cran la tension qui règne sur le globe.

Après les événements d’hier, il est urgent de repenser au fond la question de la sécurité du monde. De la repenser collectivement, au niveau des alliances des pays démocratiques, et de la repenser autant en termes politiques et sociaux qu’en termes policiers ou militaires. Ce défi à la civilisation appelle une réponse digne de cette civilisation.

LEFEVRE,PIERRE
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