Les talibans sous le feu l’opération

«Liberté immuable» a débuté hier soir par des frappes de missiles de croisière

BAUDOUIN LOOS

Au lendemain des premières frappes anglo-américaines contre l’Afghanistan des talibans, le monde s’est réveillé dans une sourde inquiétude. Dimanche donc, peu avant 21 heures (heure locale), les Etats-Unis ont lancé avec l’aide de la Grande-Bretagne une cinquantaine de missiles de croisière sur, selon George Bush, les camps d’entraînement terroristes et les installations militaires des talibans (lire «Texto» ci-dessous). Ces derniers subissent les foudres américaines en raison de leur complicité alléguée avec l’ex-Saoudien Oussama Ben Laden et son réseau Al-Qaida, accusés d’avoir fomenté les attentats antiaméricains du 11 septembre.

De premières indications étaient enfin disponibles ce lundi matin. Disponibles mais contradictoires. Ainsi, alors que Jack Straw, le ministre britannique, estimait que les frappes avaient causé des dommages considérables , car elles avaient été très efficaces bien que proportionnées (avec l’objectif d’éviter le maximum de victimes civiles ), en face, les talibans annonçaient ce matin vingt tués : les roquettes ont été tirées vers des lieux d’habitation et ont principalement touché des civils, a dit l’ambassadeur à Islamabad. Il s’agit d’une attaque contre le monde musulman, a-t-il ajouté.

«Il s’agit d’une attaque contre le monde musulman», selon l’ambassadeur des talibans

Depuis dimanche, les Américains ne cachent en tout cas plus que l’un de leurs buts est la chute du régime ultra-islamiste des talibans. Nous devons créer les conditions d’un effort soutenu, qui aidera les forces du pays opposées aux talibans, opposées à Al-Qaida, a ainsi déclaré le secrétaire à la Défense, Donald Rums- feld, qui n’a cependant pas indiqué si un soutien militaire sur le terrain entrait dans les projets américains.

Dès dimanche soir, l’ambassadeur taliban au Pakistan déclarait que les frappes de dimanche n’avaient tué ni Mohammed Omar, chef des talibans, ni Oussama Ben Laden. Al-Jazira, la chaîne arabe de télévision par satellite, avait de son côté ajouté un nouveau scoop à son palmarès, en diffusant dimanche soir une interview pré -enregistrée d’Oussama Ben Laden, dans laquelle le milliardaire réfugié quelque part en Afghanistan se montre fidèle à sa réputation: se félicitant des attentats du 11 septembre sans ouvertement les revendiquer – l’Amérique a été atteinte dans son point le plus vulnérable -, l’homme s’est fendu de menaces dont il a le secret. Je jure par Dieu que l’Amérique ne connaîtra plus jamais la sécurité avant que la Palestine ne la connaisse et que toutes les armées occidentales athées ne quittent les terres saintes (de l’islam), a-t-il dit. Un de ses adjoints a, lui, lancé un appel aux musulmans: La confrontation a commencé. C’est la guerre décisive entre la foi et l’athéisme. Vous avez à choisir votre camp.

Le Pakistan, pays voisin qui contribua à mettre sur pied le régime des talibans, craint une déstabilisation. Son président, le général putschiste Musharraf, a choisi le camp des Alliés, bien qu’une partie de la population marque une sympathie pour les talibans. Ce lundi matin, il a tenu une longue conférence de presse pour donner quelques explications: Le Pakistan a prêté aux alliés son espace aérien mais pas son sol, a-t-il dit, évoquant des assurances américaines d’ opérations courtes et ciblées .

Plusieurs pays, en Europe et au Proche-Orient, ont annoncé dimanche un renforcement de  leurs mesures de sécurité

Alors que le président pakistanais a dit craindre l’anarchie en Afghanistan et qu’il a annoncé la fermeture des frontières aux réfugiés qui affluent, des manifestations de soutien aux talibans avaient lieu dans plusieurs villes pakistanaises.

Du côté des Alliés, l’opération baptisée «Liberté immuable» semblait faire l’unanimité. La Grande-Bretagne a participé aux premières frappes, alors que l’Allemagne, la France et la Belgique marquaient leur approbation.

Enfin, plusieurs pays, en Europe et au Proche-Orient, ont annoncé dimanche soir un renforcement de leurs mesures de sécurité, peu après l’annonce du déclenchement des bombardements américains sur l’Afghanistan. Des mesures de sécurité supplémentaires ont aussi été mises en place à New York. Dans la deuxième ville des Etats-Unis, Los Angeles, les forces de police ont été placées en état d’alerte. (Avec AP et AFP.)

LOOS,BAUDOUIN
Cette entrée a été publiée dans 11 septembre, Dossiers, Monde, avec comme mot(s)-clef(s) , , , , , . Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Les commentaires sont fermés.