Angoisse raisonnable, peurs irresponsables

D’un côté, Louis Michel, notre ministre des Affaires étrangères, qui assure, avec sa force coutumière, qu’il n’a pas peur. Qu’il n’y a pas de raison d’avoir peur. Et qui épingle au passage les médias «irresponsables» qui se rendraient coupables d’aviver la peur «des gens».

De l’autre, les Américains logiquement traumatisés depuis le 11 septembre. Nombre d’entre eux prêts à céder à la panique, à donner corps aux objets de paranoïa présents, de manière latente, dans leur société. La peur de l’avion, de la bombe, du gaz, de la bactérie – surtout après l’alerte à l’anthrax en Floride. Superposée à la frilosité «culturelle» de nombreux Américains devant l’inconnu et le risque que représente à leurs yeux le monde en dehors des Etats-Unis.

Dans le même «camp», et c’est sans doute une des rares choses qui les rapprochent aujourd’hui, tous les citoyens des pays plus ou moins proches de l’épicentre du séisme, qu’ils soient en première ligne ou soumis aux ondes de choc: le Pakistan, l’Iran, l’Inde, l’Asie centrale, toute la péninsule arabique, le Proche-Orient… La peur de la guerre, de la violence. Du lendemain, au sens premier.

Lesquelles de ces peurs, toutes légitimes, sont-elles justifiées? Comment évaluer les risques? Personne, bien sûr, n’est capable d’arrêter des certitudes. Comme souvent, le bon sens situe la vérité à mi-chemin. Aujourd’hui, entre les peurs irraisonnées et une sérénité incongrue, imbécile.

En retournant à la raison, gouvernements et gens de médias feront preuve de la responsabilité à laquelle Louis Michel appelle.

Et il y a du boulot! Tous les jours, depuis le 11 septembre, les agences de presse relaient des prises de position aussi ahurissantes que légères.

Un exemple? La presse ukrainienne estimait mardi que le conflit déborderait jusque dans son pays – un voisin – en cas d’hostilités directes au Tadjikistan ou en Ouzbékistan.

Faut-il donc, comme nos collègues de Kiev, craindre une «troisième guerre mondiale» et le crier sur huit colonnes à la une? Non, et mille fois non, si l’on entend par là une guerre classique, entre Etats, entre blocs. Pour rappel: la Russie et la Chine, cette fois, approuvent les Etats-Unis…

Rien n’exclut en revanche qu’éclate une guerre régionale, en l’occurrence au coeur de l’Asie, une de celles qui bousculent les régimes et creusent les déséquilibres. Un eurocentrisme à courte vue, qui rimerait avec cynisme, suggère que ses effets militaires nous épargneraient…

Mais la misère et la haine qu’elle sèmerait gonfleraient sans doute pour longtemps les rangs du fanatisme.

Oui, il faut craindre les attentats que les réseaux qui ont conçu les attaques de New York seraient encore capables de fomenter. Avoir peur d’autres sales coups que d’autres, à leur tour mobilisés dans le combat de ceux qui estiment n’avoir rien à perdre, pourraient porter à nos certitudes. Pour les achever.

COLLETTE,JEAN-PAUL
Cette entrée a été publiée dans 11 septembre, Dossiers, Monde, avec comme mot(s)-clef(s) , , . Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Les commentaires sont fermés.