L’Amérique est en état de guerre

A quelques heures de l’entrée en guerre de leur pays, les Américains n’ont qu’une obsession : les représailles terroristes. L’esprit est encore loin des « boys ».

NATHALIE MATTHEIEM,

envoyée permanente

NEW YORK

Nous, on n’est pas Washington, explique Janet, qui se décrit comme une vieille New-Yorkaise, arrivée de Californie il y a trente ans. Là-bas, à voir la télé, ils ont peur de tout – on bloque les environs de la Maison Blanche, on déploie des batteries aériennes en pleine ville… Moi, je continue à aller au travail en métro et j’ai quelques soucis plus urgents que celui de savoir si un terroriste va nous attaquer. Par exemple, savoir si je vais garder mon job.

On a répété aux New-Yorkais qu’ils avaient une trempe peu commune, et ils se le répètent, comme pour s’en assurer. Sous ces dehors bravaches, perce l’incertitude : quand prendre le métro est devenu un test, la situation est loin d’être normale. Or, c’est l’exemple qui revient dans les conversations : on continue à prendre le métro – ou on opte pour la marche ou les transports de surface ; on continue à passer par les gares de Grand Central ou Penn Station – ou on cherche un autre itinéraire.

Dès le lendemain de l’ultimatum à Saddam Hussein, la ville a lancé un plan de prévention renforcée, « Atlas ». Cinq millions de dollars par semaine, mais le maire ne veut pas lésiner : New York représente beaucoup de choses que les terroristes estiment menaçantes, dit Mike Bloomberg. Les médias, les centres religieux, les missions diplomatiques, Wall Street reçoivent une protection renforcée – comme les lieux publics symboliques. Mais la liste semble infinie : Ce que j’ai trouvé terrible, dans ce qu’on nous dit qu’on a trouvé d’Al-Qaïda, c’est cette cassette de prise d’otages dans une école, dit Akiko, une mère qui n’a pas totalement confiance dans le plan d’urgence que chaque établissement scolaire a dû préparer.

Le secteur privé a aussi mis en place des dispositifs supplémentaires. Dans le lobby de l’immeuble « Met Life », accolé à Grand Central Station, les visiteurs font la file pour recevoir le badge qui leur permet, après avoir franchi le détecteur à métaux, de se rendre à leurs rendez-vous d’affaires. On intègre ce petit délai supplémentaire dans l’horaire, dit Kenneth, un habitué.

Dans le métro, la police patrouille avec les chiens, pour la détection d’explosif. Les soldats sont à nouveau visibles, ainsi que les équipes d’intervention urgente pour les « Haz Mat » (les produits toxiques). Les contrôles sont multipliés aux points d’entrée de la ville : les ponts et tunnels, les grands axes. Ils en profitent, pense Seth, les gens acceptent n’importe quoi au nom de la sécurité.

Parmi l’importante communauté étrangère, les sentiments sont mitigés, comme l’a découvert le chroniqueur régional du Times, pris dans le feu croisé des opinions des Irakiens, Palestiniens et Jordaniens en exil.

Kharim, Algérien, a immigré il y a 18 ans ; il écoute Radio France International pour savoir vraiment ce qui se passe. Cela ne l’empêche pas de se déclarer new-yorkais avant tout… et serein : On en a vu d’autres, dit-il. De nombreux Pakistanais et Bengalis, installés depuis aussi longtemps que lui, partent vers le Canada, d’où ils risquent pourtant le refoulement et la déportation immédiate. D’autres (Jamaïcains, Philippins), pour lesquels l’armée représente traditionnellement une voie d’intégration aux Etats-Unis vivent une autre angoisse : celles des mères dont les enfants se sont enrôlés, souvent dans un élan post-11 septembre, et qui avouent qu’elles ne dorment plus… De quoi nuancer la vision du maire qui, relevant que 40 % de la population est d’origine étrangère, y puisait la confiance qu’ils ont plus que nous, l’habitude du danger du monde.·

MATTHEIEM,NATHALIE
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