L’après-Saddam commence

L’ex-dictateur irakien a été capturé sans résistance. C’est un gros succès pour les Américains, et donc pour Bush. Bien des Irakiens respirent, mais les problèmes demeurent.BAUDOUIN LOOS

Un événement historique, assurément. La traque de l’ex-dictateur irakien a pris fin samedi soir dans une ferme près de Tikrit, son fief natal : Saddam Hussein a été extrait d’une cache, vrai « trou à souris » de deux mètres de profondeur dont l’entrée était cachée par des briques et des ordures, selon les Américains qui ont mené le raid décisif, après une traque vaine de neuf mois.

A Bagdad, la nouvelle a été accueillie avec joie par les innombrables Irakiens qui haïssent leur ex-despote, même si dans certaines places fidèles à Saddam, comme Falloujah, la population ne cachait pas sa mine déconfite.

Adnan Pachachi, vétéran de l’opposition maintenant membre du conseil intérimaire de gouvernement désigné par les Américains, a eu des mots traduisant des sentiments locaux fort partagés : L’état de peur, d’espionnage et d’oppression est parti pour toujours, le peuple est heureux et nous avons hâte de construire un Irak nouveau et libre.

George W. Bush, à Washington, a évidemment salué l’événement dimanche : L’ancien dictateur va faire face à la justice qu’il a refusé de donner à des millions de gens, a-t-il déclaré. Cette après-midi, j’ai un message pour le peuple irakien : vous n’aurez plus jamais à craindre la férule de Saddam Hussein. Avant de conclure, prudent : Cette capture ne marque toutefois pas la fin de la violence en Irak. Nous faisons toujours face à des terroristes qui préfèrent tuer des innocents que d’accepter l’émergence de la liberté au Moyen-Orient.

Et il est vrai que nombreux ont été ce dimanche les responsables à Bagdad avertissant du danger de croire à la fin des problèmes liés à l’occupation et à la violence. Comme en écho à ces mises en garde, on apprenait qu’un attentat visant un commissariat de police avait tué 17 policiers irakiens et en avait blessé une trentaine d’autres, dans la banlieue de Bagdad, dimanche matin… Les trois mouvances identifiées comme parties prenantes de la résistance à l’occupation menée par les Etats-Unis et leurs alliés – à savoir les nostalgiques du régime, les islamistes et les nationalistes – n’ont en effet aucune raison de cesser leurs actions hostiles aux occupants ou à ceux qu’ils appellent les « collaborateurs ». Pourtant, il semble que la capture de Saddam Hussein pourrait démoraliser une partie des récalcitrants.

L’ex-homme fort irakien sera fort probablement jugé. Le sera-t-il en Irak ? Il ne manquerait pas de candidats pour assurer cette mission, si l’on se réfère aux innombrables victimes de la dictature déchue.

Le conseil intérimaire, qui venait de mettre sur pied, mercredi, un tribunal pour juger les responsables du feu parti Baas au pouvoir, entend d’ailleurs bien traduire Saddam Hussein devant cette nouvelle juridiction irakienne.

Quant à l’état de santé du nouveau prisonnier le plus célèbre du monde, il semblait plutôt bon, selon ses geôliers. Les images qu’ils ont diffusées ne laissaient pourtant pas d’impressionner, qui montrent un homme barbu, vieilli, au regard vide. Comme résigné à son sort.·

LOOS,BAUDOUIN
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