Madrid, 11 mars 2004

© AFP PHOTO / CHRISTOPHE SIMON

192 tués dans des attentats à Madrid jeudi. Une dizaine de charges de dynamite ont détruit quatre trains. Les Espagnols sont sous le choc. Qui a commandité ces actes, l’ETA ou des islamistes ?

BAUDOUIN LOOS

La journée la plus noire de l’histoire de l’Espagne depuis la guerre civile, et aussi l’attentat le plus meurtrier en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale à l’exception de la destruction du Boeing de la Pan Am au-dessus de Lockerbie en 1988 : le terrorisme a écrit hier à Madrid une de ses pages les plus terribles, avec l’explosion, vers 7 h 30 du matin, d’une dizaine de charges de dynamite placées à bord de quatre trains entrés en gare en cette heure de pointe dans la capitale espagnole. Bilan provisoire, hier soir : 192 tués, 1.400 blessés, dont 44 dans un état critique.

Qui se cache derrière ces actes immédiatement condamnés avec la plus grande fermeté partout dans le monde ? En l’absence de revendication, les autorités espagnoles avaient d’abord sans tarder accusé l’ETA, le mouvement séparatiste basque. Nous n’avons aucun doute que ces attentats sont le fait de l’ETA, déclarait ainsi le ministre espagnol de l’Intérieur Angel Acebes. Une affirmation aussitôt mise en doute par Arnaldo Otegi, porte-parole de Batasuna, le parti radical basque interdit en 2003 pour ses liens allégués avec l’ETA, pour qui les actions aveugles, qu’il a condamnées, sont sans doute le fait de la « résistance arabe ».

Or, justement, une cassette avec des versets du Coran en arabe et sept détonateurs ont été retrouvés à Alcala de Henares, près de la capitale espagnole, dans une camionnette. D’Alcala de Henares, à 35 km à l’ouest de la capitale, étaient partis les quatre trains visés. La camionnette, elle, avait été volée à Madrid le 28 février. Angel Acebes, qui a lui-même fait état de cette découverte, a déclaré que la piste prioritaire restait l’ETA, mais qu’il fallait être très prudent et enquêter sur d’autres pistes.

Toute la difficulté des enquêteurs semble résider là : les attentats de Madrid présentent à la fois des caractéristiques des méthodes de l’ETA – bien que les activistes de l’organisation séparatiste basque aient la coutume de prévenir avant leurs explosions – et du modus operandi des actions attribuées à la mouvance islamiste la plus radicale, qu’on appelle « Al-Qaïda » plus par facilité que par certitude. En soirée, jeudi, un quotidien arabe basé à Londres faisait savoir qu’il avait reçu une revendication des attentats (et de ceux de mardi à Istanbul)… au nom d’Al-Qaïda, sans qu’on puisse à ce stade évaluer le degré de crédibilité du texte parvenu à Londres. Le même texte menace les Etats-Unis d’une attaque imminente. L’Espagne du Premier ministre Jose Maria Aznar s’est résolument rangée, rappelons-le, dans la coalition américano-britannique en Irak.

Les Espagnols, souvent frappés par le terrorisme de l’ETA ces dernières décennies, s’apprêtaient en tout cas à manifester en masse ce vendredi.·

LOOS,BAUDOUIN
Cette entrée a été publiée dans 11 septembre, Dossiers, Monde, avec comme mot(s)-clef(s) , , , . Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Les commentaires sont fermés.