Une certaine Belgique est morte hier

rédactrice en chef

Sous le coup de 14 h 30 ce 7 novembre, une certaine idée de la Belgique est morte. C’en est fini de ce pays où le compromis était érigé en institution – suscitant l’admiration et l’intérêt du monde entier – et où l’intérêt collectif d’un pays dépassait l’intérêt particulier d’une communauté.

Hier, la loi du plus fort a prédominé. Le « diktat » de la majorité a prévalu. Une majorité – circonstance aggravante – composée d’une alliance entre les partis flamands démocratiques et extrémistes, qui rompt ainsi sans vergogne le principe du cordon sanitaire.

Cet acte d’autorité, quasi « impérialiste», est intolérable, pitoyable et dommageable. Car il bafoue les concepts démocratiques qui ont prévalu sur notre territoire et qui avaient fait une règle intangible du vivre-ensemble par consensus de citoyens de langues différentes.

Cette journée est historique. L’image de députés flamands, blokkers et démocrates réunis, votant à main levée dans un hémicycle déserté par les francophones, est désormais gravée dans notre inconscient.

Dans l’instant, les conséquences sont limitées. Les Francophones vont activer les protections prévues. On pourrait même se dire que ce vote qui met BHV au frigo pour quelques mois, permettrait à un gouvernement orange bleue, centré sur le socio-économique, de prendre place avec Yves Leterme à sa tête. (On n’ose d’ailleurs imaginer que le Parlement ait été instrumentalisé hier à cette seule fin.)

Quoi qu’il en soit, il serait fou et irresponsable de se mettre la tête dans le sable. La déflagration est extrêmement profonde. A deux titres.

Psychologique : les Flamands ont transgressé un tabou et peuvent avoir pris goût à cet exercice unilatéral de leur pouvoir. Les Francophones eux, ont subi une humiliation sans précédent et vont se vivre en victimes de l’ex-pacte belge.

Politique : le vote de ce mercredi n’est pas un épiphénomène ou le résultat de circonstances particulières. Il est la conséquence d’antagonismes profonds et revendiqués désormais entre Flamands et Francophones. La Flandre s’est radicalisée, rendant le vote de ce mercredi inéluctable. Les partis du nord du pays – le CD&V en particulier et Yves Leterme au premier chef –, reflets d’une opinion publique qui vote majoritairement communautaire, nationaliste voire extrémiste, n’ont pas pu ou voulu gérer le dossier BHV autrement que dans un rapport de force.

Que les partis francophones qui monteront dans un gouvernement fédéral soient dûment avertis : entre l’intérêt des Belges et celui de la Flandre, le nord du pays peut choisir, sans compromis. De quoi réjouir la N-VA et le Vlaams Belang, seuls vainqueurs du moment, car chaque jour plus proches de leur seul objectif : la séparation.

Nous n’en sommes pas là. Mais quel que soit le gouvernement à venir, il ne pourra faire l’impasse sur une réforme de l’Etat sans tabou, avec tous les partis représentés. Que nous souhaitions ou non cette réforme n’a plus d’importance. Ce qui compte désormais, c’est que le nouveau visage de la Belgique soit négocié, et non imposé. Car depuis hier, nous savons que ce deuxième scénario n’est plus une fiction.

BEATRICE DELVAUX

Cette entrée a été publiée dans Belgique. Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>