Exposition Un anniversaire futuriste pour les 50 ans de l’Expo 58

31-1e-unecult.jpgPour un monde meilleur
En 2008, le rêve de progrès et d’universalisme de l’Expo 58 renaîtra dans l’utopie du nouveau Pavillon du Bonheur.

Du 17 avril au 19 octobre, l’Expo 58 rouvre ses portes au Heysel, à l’initiative de l’ASBL Atomium. Un Pavillon du Bonheur totalement recyclable sera créé au pied des neuf boules par les architectes du bureau « Vers plus de bien être ». Des expos, des films, des concerts, un bal, des livres rendront hommage à l’esprit de fraternité universelle né à Bruxelles et formuleront de nouvelles promesses d’avenir pour l’humanité.
Parmi les 42 millions de visiteurs de l’Expo, la jeune journaliste France Debray fut éblouie par la vision idyllique du monde et de la Belgique de papa. Dans le livre Expo 58, le grand tournant, elle pose le décor de l’anniversaire magique et nostalgique qui se prépare. Un demi-siècle après cette fête du progrès, de la solidarité et de la réconciliation entre les peuples, que reste-t-il de la Belgique Joyeuse de 1958 ? L’art de sourire et de s’émerveiller peut-être, ou cette ténacité à rêver de Bruxelles comme du nombril cosmopolite du monde…

France Debray rappelle que l’Expo de Bruxelles se voulait d’abord « un florilège pour un monde meilleur » avant d’être un catalogue d’architecture moderne coulé dans l’acier et le béton brut. « Un nouvel humanisme se préparait à prendre le dessus sur les civilisations anciennes » osait même prophétiser le Roi Baudouin. La guerre froide mettra ces objectifs de coopération mondiale au frigo.

Cinquante ans plus tard, l’Expo a parfois eu raison trop tôt. Au Palais de la Coopération mondiale, un dessin animé de Jacques Prévert esquissait la notion de développement durable. Le visiteur y découvrait que la Terre de 1958 comptait 2,8 milliards d’êtres humains, mais que le baby-boom la pousserait à plus de 5 milliards en 2008. Prévert racontait joliment que les ressources de la planète ne sont pas extensibles indéfiniment et mettait en garde contre les miracles de la croissance à tout va. Prémonition ?

Cette prise de conscience faisait petite mine face aux mirages de la société de consommation, en vitrine au pavillon doré des USA. La conquête des esprits était en marche à travers les images rutilantes du tout à l’automobile, des premiers supermarchés, des cartes de crédit pour tout acheter tout de suite, de la télévision en couleur, du réfrigérateur, du lave-vaisselle, de la poêle du Coca-Cola, du rock’n’roll…

« Pourtant, souligne France Debray, l’Amérique de 1958 n’avait réglé ni la misère endémique qui frappait un quart de sa population ni la ségrégation raciale. »

Le réveil asiatique attendait aussi son heure à l’Expo. « Après la pluie, le ciel et la terre seront plus clairs », lançait le Premier ministre du Japon dans son Pavillon zen et poétique sur le thème de « la main nippone et la machine ». Une main « besogneuse dans les usines » dont l’Occident découvrirait bientôt l’efficacité et la précision. En 2008, Toyota a détrôné General Motors à la place de numéro un mondial de l’automobile.

Autre mythe de 58, le Pavillon du pétrole, dont la devise était : « Sans le pétrole, la vie de l’homme est impensable. Ses produits ont déterminé le style et le rythme de notre civilisation. » On imaginait l’or noir inépuisable et la vie future toujours plus facile.

Le monde d’après, nous y sommes. Il s’est éloigné des rêves naïfs de l’Expo à force de jouer aux apprentis sorciers. Le Pavillon du Bonheur tentera pendant six mois d’inventer de nouvelles règles de vie, plus pragmatiques, sans renier pour autant les bienfaits de la science, du progrès, ni de la bière belge, dont les casiers vides seront les joyeux piliers du développement durable et de l’architecture du Pavillon du Bonheur.

Expo 58, le grand tournant, France Debray, photos de Fernand Hellinckx, accompagné d’un DVD documentaire, La Renaissance du Livre, 160 p., 35 euros.

DANIEL COUVREUR

Le portfolio : 50 ans de l’Expo 58

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