Kenya Du « nettoyage ethnique » ?

1-1e-art.jpgDes massacres très ciblés

Le pays plonge dans un bain de sang. Trente personnes au moins ont été brûlées vives mardi dans une église.

De nouvelles émeutes et violences interethniques ont ensanglanté mardi le Kenya, où 299 personnes sont mortes depuis la tenue des élections générales controversées du 27 décembre, dont au moins 30 ont été brûlées vives dans une église d’Eldoret (ouest) qui leur servait de refuge.

Les violences dans la vallée du Rift, notamment à Eldoret, pourraient être décrites comme un « nettoyage ethnique », a déclaré un haut responsable de la police kenyane. « Une ethnie prend pour cible une autre ethnie dans ce qui peut véritablement être qualifié de nettoyage ethnique », a-t-il dit.

« Au moins 30 personnes sont mortes brûlées à l’intérieur d’une église dans la zone de Kiambaa, à Eldoret », à 300 km à l’ouest de Nairobi, a indiqué un commandant de police de la province sous couvert d’anonymat. « Quarante-deux personnes ont été transportées à l’hôpital, grièvement brûlées, mais je ne peux pas confirmer le nombre de morts dans l’église », a par ailleurs indiqué un responsable de la Croix-Rouge locale.

Les victimes s’étaient rassemblées dans l’édifice pour fuir les violences, selon ces sources.

Au cours de la nuit, 18 personnes avaient été tuées à Eldoret, selon la police, qui y a reçu l’ordre de tirer à vue.

Dénonçant « une tuerie insensée », la Croix-Rouge kenyane a estimé qu’au moins 70.000 personnes avaient été déplacées dans l’ouest du pays par les violences qui ont accompagné la réélection contestée du président Mwai Kibaki. Des images aériennes montre des centaines de maisons et huttes incendiées et des barrages routiers installés tous les dix kilomètres sur les routes.

« C’est un désastre national », a déclaré lors d’un point de presse le secrétaire général de l’organisation, Abbas Gullet. Seules les personnes du « bon groupe ethnique » peuvent franchir ces barrages, a-t-il ajouté sans préciser de quelles ethnies étaient originaires les auteurs de ces contrôles.

Plusieurs centaines de Kenyans appartenant à la tribu Kikuyu du président réélu Mwai Kibaki se sont réfugiés en Ouganda voisin, ont indiqué des responsables ougandais. Ces Kenyans fuient selon eux, des opérations de police et des actes de vengeance d’autres tribus loyales au chef de l’opposition Raila Odinga, vaincu officiellement lors de l’élection présidentielle du 27 décembre.

Kisumu et Eldoret, situées à environ 80 km à l’est de la frontière avec l’Ouganda, sont les deux villes kenyanes les plus touchées par les violences.

Les pires violences

depuis 1982

Ces violences sont les pires dans le pays depuis une tentative de coup d’Etat avortée en 1982.

L’Union africaine et l’Union européenne ont appelé mardi à « la retenue » et au « dialogue » le président Mwai Kibaki et le chef de l’opposition Raila Odinga. Comme en réponse, M. Kibaki a acquiescé. Mais l’opposant Raila Odinga avait auparavant averti dans un entretien à la BBC qu’il n’accepterait de « négocier » avec le président sortant que s’il reconnaissait avoir perdu les élections.

La mission d’observation de l’UE des élections générales kenyanes a demandé mardi une enquête indépendante sur les résultats de la présidentielle, estimant qu’elle n’avait « pas respecté les critères internationaux et régionaux d’élections démocratiques ». (afp)

Cette entrée a été publiée dans Monde, avec comme mot(s)-clef(s) , , , . Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Les commentaires sont fermés.