La jeune slovénie préside l’europe

17-1e-slovenie3.jpgHistorique ! Pour la première fois, un ex-« pays de l’Est » assure la présidence de l’Union. De nombreux défis à la clé.

La Slovénie, surtout connue jusqu’à présent pour ses grands skieurs, est mine de rien bien accrochée au titre de « première de la classe européenne » parmi les pays issus de l’ancien bloc de l’Est qui ont intégré l’Union depuis 2004.

En 2007 déjà, Ljubljana rejoignait les douze pays de la « vieille Europe » qui ont adopté l’euro. Douze mois plus tard, avec ses deux millions d’habitants et ses 20.000 km2, la voilà qui assure la présidence des Vingt-Sept. Alors qu’elle n’a pas encore atteint sa majorité : la Slovénie est indépendante depuis dix-sept ans.

Piste noire pour premier de cordée

Le « miracle slovène » conduit le petit pays alpin à exercer la première présidence de l’UE confiée à un « pays de l’Est ». Défis !

LJUBLJANA

de notre envoyé spécial

Le défi semble furieusement démesuré. Un petit Poucet, l’un des plus petits et des plus jeunes Etats européens, a pris ce 1er janvier les rênes de l’Union européenne – un paquebot de près d’un demi-milliard d’habitants.

La Slovénie hérite d’une lourde responsabilité. Elle devra coordonner pendant six mois les travaux du Conseil européen, dont elle devra maintenir la cohésion au moment où plusieurs dossiers délicats, sinon cause de divorce, figurent à l’agenda – le Kosovo qui divise les Etats membres ou la répartition de la charge de l’effort collectif décidé en mars 2007 sur le front de l’énergie « verte ». Et quantité d’événements imprévus pourront encore corser la tâche.

Ljubljana prend la relève du Portugal. C’est la première fois que la présidence de l’Union est assurée par l’un des nouveaux Etats postcommunistes venus renforcer les rangs de l’UE depuis mai 2004.

L’ascension est rapide ! Mais ce n’est pas la première « première » de ce pays ex-yougoslave de 2 millions d’habitants, « vieux » de 17 ans et « grand » comme deux tiers de la Belgique : avec une nette avance sur les autres nouveaux membres, la Slovénie a pu rejoindre début 2007 les douze pays de la « vieille Europe » qui ont adopté l’euro.

Le « premier de classe » ne manque pas d’atouts, qui l’ont décidé à accepter la proposition des « anciens » d’assumer un tour de rôle dès 2008. La Slovénie s’y prépare depuis trois ans. Déjà à l’avant-garde du développement industriel de l’ex-Yougoslavie, ce pays alpin affiche une croissance économique époustouflante depuis plusieurs années – même si une inflation record en 2007 jette une ombre au tableau. Pour le gouvernement de centre droit du Premier ministre Janez Jansa, la présidence devait constituer le point d’orgue d’une « success story », à quelques mois d’un scrutin législatif prévu en octobre.

Mais l’opération s’avère plus compliquée, et pas seulement pour la logistique des quelque 4.000 réunions prévues. « Jansa n’est ni Sarkozy ni Merkel ! », raille ce fin observateur de la vie politique de son pays. « Les gens ne verront que les blocages sur les routes. »

« Les ambitions slovènes sont bien plus grandes que les possibilités slovènes ! », enchaîne Z

ijad Becirovic, directeur de l’Institut international pour l’étude des Balkans et du Moyen-Orient.

Même le secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, Janez Lenarcic, en convient : « Notre priorité numéro un, ce sera de bien faire le travail, c’est-à-dire progresser sur autant de dossiers européens que possible, puisqu’il apparaît qu’il y a un certain scepticisme, tant en Slovénie que dans l’UE. Mais nous pouvons y arriver. »

Janez Lenarcic estime que la « nouvelle Europe » reste méconnue. « Il y a un scepticisme général vis-à-vis de l’élargissement » de l’UE – absolument infondé « si l’on regarde les faits et les chiffres : l’élargissement a été bénéfique pour les anciens comme pour les nouveaux membres ». Quant au scepticisme slovène, il serait « lié au caractère national » : une propension au doute face aux « grands défis, alors que l’on en a relevé beaucoup ».

Le grand défi de la présidence sera certainement la poursuite de l’intégration des Balkans occidentaux en Europe – et singulièrement la définition du statut de la province serbe indépendantiste du Kosovo.

« Nous aurons très probablement une déclaration d’indépendance » durant la présidence, dit Janez Lenarcic. L’Etat, le gouvernement ou la présidence slovènes n’ont pas de « plan » sur le Kosovo (mi-décembre, un programme phasé de reconnaissances du nouvel Etat concocté par Ljubljana avait été évoqué par le International Herald Tribune et démenti par Jansa), mais « on a des idées ». Le dossier « est facile et aussi difficile pour nous : nous avons des amis à Pristina mais aussi à Belgrade ».

« Le Premier ministre n’a pas d’expérience en politique étrangère et le ministre des Affaires étrangères Rupel n’a qu’une politique “ad hoc”, sans stratégie », attaque Zijad Becirovic, de l’Institut pour l’étude des Balkans. A Belgrade, il apporte son ferme soutien à l’intégration dans l’UE et dans l’Otan puis, à Pristina, il soutient l’indépendance, relève le chercheur. Zijad Becirovic dénonce aussi la faiblesse du réseau diplomatique slovène dans la région : « L’ambassadeur à Belgrade est un vétérinaire ; à Z

agreb, un géographe ; à Sarajevo, un ancien agent consulaire… »

Un boulevard serait-il déjà ouvert pour la présidence suivante, celle de la France de l’hyperprésident Sarkozy, avec laquelle Ljubljana coopère déjà ? La Slovénie bénéficiera du réseau d’ambassades françaises : 110 postes diplomatiques français représenteront la présidence à l’étranger durant ces six mois. Pour le reste, « une seule personne occupera le siège brûlant de la présidence au premier semestre : la Slovénie », assène Janez Lenarcic. Mais il prévoit que la France « travaillera avec nous pour accélérer certains dossiers ».

Le Kosovo ? Le gouvernement slovène aborde en tout cas sa présidence en étant affaibli à domicile. « Il n’est pas confortable d’exercer la présidence quand on bénéficie d’un soutien modeste au pays », reconnaît M. Lenarcic. Les sondages montrent une chute spectaculaire de la popularité de l’exécutif. Un mouvement de grogne sociale sans précédent a déferlé dans les rues de Ljubljana le 17 novembre. Une semaine plus tôt, le candidat de l’opposition de centre gauche, Danilo Türk, remportait haut la main l’élection présidentielle. Pour certains observateurs, la messe est dite alors que le gouvernement sera accaparé par le boulot européen : les législatives d’octobre seront remportées par le centre gauche. L’heure de gloire espérée par Janez Jansa sera-t-elle son chant du cygne ?

Au-delà de la politique interne, la présidence slovène ne manquera pas de faire connaître ce pays passionnant sur la scène mondiale. Un pays qu’un certain George W. Bush confondit un jour avec la Slovaquie. Il n’est d’ailleurs pas exclu que le président des Etats-Unis, lui aussi en fin de mandat, fasse un saut chez son collègue slovène, à l’occasion du prochain sommet euro-américain

PHILIPPE REGNIER

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