La campagne la plus ouverte de l’histoire américaine récente

Etats-Unis Les primaires de l’Iowa, première étape d’un long marathon électoral

Les derniers sondages témoignent de l’âpreté de la lutte pour décrocher l’investiture, démocrate et républicaine.

New York

de notre correspondant

Un marathon pour la classe moyenne. » John Edwards a prévu seize escales en 36 heures. Pour cette dernière ligne droite, il sera en campagne pratiquement sans interruption, jour et nuit.

Ce n’est pas faute d’avoir déjà sillonné de long en large l’Iowa : au cours des derniers mois, qu’il a presque entièrement passés là-bas, le candidat démocrate s’est déjà rendu au moins deux fois dans chacun des 99 districts que compte ce petit Etat.

À l’image d’Edwards, jamais les candidats qui se disputent l’investiture de leur parti n’avaient pareillement investi l’Iowa.

Les caucus, cette particularité américaine qui voit les électeurs se réunir en petit comité pour débattre des mérites des candidats avant de voter à main levée, ont lieu ce jeudi soir, marquant le début de la longue compétition qui débouchera, dans un an, sur la succession de George W. Bush.

Les candidats (huit démocrates et sept républicains) n’ont pas lésiné sur les moyens. Chaque prétendant a envoyé des centaines de volontaires sur le terrain. De manière directe ou par le biais de différents groupes de soutien, ils ont dépensé des millions de dollars dans l’Etat du Midwest. Les équipes de campagne ont inondé les Iowiens de coups de téléphone, recouvert la presse locale de publicités, pris d’assaut les télévisions. Un investissement à l’image d’une campagne record (voir encadré).

Mercredi soir, ce sont Hillary Clinton et Barack Obama qui devaient financer leur apparition sur les principaux réseaux locaux : deux minutes d’allocution chacun. Plus que de simples clips de campagne, presque des adresses présidentielles.

Alors qu’il restera encore à conquérir les électeurs de 49 Etats, cette débauche de moyens a-t-elle un sens ? Jamais, dans l’histoire récente des Etats-Unis, la course électorale n’avait été si ouverte. En l’absence d’un président en quête de réélection ou d’un vice-président sortant, chacun (ou presque) a voulu voir en Iowa la porte qui assurera le triomphe électoral à l’échelle du pays. Mais ces calculs sont peut-être erronés.

Dans l’abondance de sondages qui ont parsemé le scrutin, il y en a peut-être un plus important que les autres : celui que vient de publier le Des Moines Register, le principal quotidien de l’Iowa. Le nombre très élevé d’indécis continue de brouiller les pistes, mais c’est ce journal qui offre l’échantillon le plus représentatif.

Chez les démocrates, il donne Barack Obama en tête avec quelque huit points d’avance sur ses deux principaux rivaux, Hillary Clinton et John Edwards, qui, eux, sont pratiquement au coude à coude. En clair (si le sondage ne se trompe pas), chaque membre du trio garderait ses chances pratiquement intactes pour la suite de la compétition électorale, et surtout pour aborder le « tsunami tuesday », comme on a surnommé le 5 février, lorsque seront consultés les Etats parmi les plus importants, dont la Californie et New York.

Du côté républicain, c’est l’ancien pasteur baptiste Mike Huckabee qui est donné vainqueur par le même sondage. Il consolide son avance sur Mitt Romney, qui paie notamment le fait d’être un mormon, ce qui le fait apparaître suspect aux yeux des évangéliques. A l’échelle nationale, pourtant, rien ne devrait être joué : l’ancien maire de New York, Rudolph Giuliani, et dans une moindre mesure John McCain (les deux seuls candidats à ne pas avoir mis tous leurs œufs dans le panier de l’Iowa) restent encore en course. Ici encore, le scrutin de jeudi risque donc d’être moins déterminant qu’il n’y paraît.

Cela n’empêche pas les candidats de faire jusqu’au bout le pari de l’Iowa.

En milieu de journée, il faisait -13 degrés mercredi dans les rues de Des Moines. Mais les prévisions météo annonçaient un temps plus clément pour le jour du scrutin : nulle tempête de neige ne devrait interdire la participation des femmes âgées (plutôt enclines à voter en faveur d’Hillary Clinton) ou des fermiers (l’électorat cible d’Edwards).

« Les sondages semblent bons, expliquait un Barack Obama lui aussi en plein « marathon » électoral, devant une foule d’étudiants chauffés à blanc. Mais les sondages ne sont pas assez. La seule chose qui compte, c’est que vous vous rendiez au caucus. »

Joignant le geste à la parole, les partisans de John Edwards ont mis en place des transports gratuits ainsi qu’un réseau de baby-sitting afin que les électeurs soient tous présents.

Ce jeudi, les 1.781 caucus de l’Iowa seront le centre du monde.

LUIS LÉMA

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