Le pétrole atteint 100 dollars

17-1e-petrol.jpgEnergie L’or noir a touché ce mercredi le seuil symbolique
Le brut et l’ONCE d’or – valeur refuge par excellence -, ont profité de l’an neuf pour s’envoler.

Le 2 janvier 2008, peu après midi, heure locale, le baril de « light « sweet crude » pour livraison en février, référence du marché new-yorkais, a atteint les cent dollars. Un mercredi historique.

A l’aube déjà, à des milliers de kilomètres de Wall Street, le ton pétrolier était donné. Le marché asiatique entamait l’année naissante en visant le seuil symbolique. Sans l’atteindre. Le soleil emportait la tendance vers l’ouest : Londres, l’autre temple de l’huile, ouvrait en hausse de plus d’un dollar.

Puis New York s’éveilla. En forme. Plus de 96 dollars, à trois billets de son record, moins de quatre de l’histoire. A midi, les 99 dollars étaient franchis. Quelques minutes plus tard, les 159 litres de pétrole s’échangeaient à 100 dollars. Pas un cent de plus.

Au-delà de la symbolique que les investisseurs quêtaient depuis quatre mois, l’embrasement de ce nouvel an s’explique par une conjugaison de facteurs. La semaine dernière a préparé le terrain. Premièrement, l’assassinat de l’ex-Premier ministre pakistanais, Benazir Bhutto. Si le voisin de l’Inde ne figure pas parmi les grands producteurs d’or noir, l’arme nucléaire, une population nombreuse et une situation stratégique – entre le Moyen et l’Extrême-Orient – influencent des cours pétroliers effrayés par le moindre incident planétaire.

Deuxièmement, les élections sanglantes au Kenya. Même topo que Benazir Bhutto. Troisièmement, une saison hivernale mois douce que la précédente. Quatrièmement, des éléments plus structurels : une demande en croissance, une offre qui suit mais avec une marge de manœuvre faible, des stocks américains qui baissent depuis plusieurs semaines. Le détonateur de ce mercredi a été actionné à Port Harcourt, la capitale pétrolière du Nigeria, le premier producteur d’or noir du continent africain : une quinzaine de personnes y ont été tuées lors de l’attaque d’un hôtel et d’un commissariat. Aussi, les opérateurs craignent-ils que la production nigériane, déjà amputée d’un quart à cause de la violence qui frappe la région, ne subisse de nouvelles interruptions.

Enfin, dans ce sombre tableau, le dollar qui sert de monnaie d’échange sur le marché du brut, a connu un nouveau glissement face à l’euro. Or, les grands exportateurs du Golfe Persique encaissent en billets verts mais déboursent majoritairement des euros pour leurs importations.

Parallèlement à cet embrasement pétrolier – le Brent londonien a également établi un nouveau record à 98 dollars – l’or dont la courbe haussière, dans un réflexe de crainte inflationniste, suit généralement celle de l’huile, a atteint un sommet, 859 dollars, pulvérisant le pic de janvier 1980 (850 dollars) observé après la révolution iranienne.

« Il y a une très grande volatilité sur les marchés, à la hausse comme à la baisse, liée au fait que les marchés ne sont pas complètement revenus à la normale en terme d’activité, vu que c’est la fin des vacances. Comme il y a peu d’intervenants, les fluctuations sont plus fortes », estime Didier Houssin, chargé du marché pétrolier et des mesures d’urgence à l’Agence internationale de l’énergie. « 100 dollars, c’est symbolique, ce n’est pas forcément le signe d’une nouvelle tendance », rassure-t-il. Selon l’Agence internationale de l’énergie, le marché devrait plutôt connaître « un meilleur équilibre entre l’offre et la demande » en 2008. « Il ne faut pas tirer de conséquences prématurées sur ce seuil qui reste symbolique. Toutefois si cet aspect symbolique peut entraîner une réaction des pays consommateurs en terme d’économie d’énergie, ce serait plutôt une bonne chose », conclut l’expert.

La question essentielle est, en effet, « et maintenant ? ». Le cap est franchi, le record établi, la symbolique forte. Les investisseurs qui se sont précipités sur le marché pétrolier ces derniers mois se satisferont-ils de ces 100 dollars ou croiront-ils que le marché possède encore quelque potentiel ? Qu’un baril à 110 dollars, 120 dollars, voire davantage, n’est pas un rêve de spéculateurs ? Ou estimeront-ils avoir extrait le maximum, aujourd’hui, du baril comme placement financier ? Nul n’a réellement la réponse. Deux certitudes.

Primo, tant qu’une conjugaison de facteurs structurels et conjoncturels entretiendra la peur d’une rupture d’approvisionnement, le baril demeurera sous pression. Secundo, le brut ne redescendra pas aux niveaux de prix vus voici cinq ans encore : un nouvel ordre tarifaire a été établi. Et la barre est fixée au-delà des cinquante dollars par baril.

Conséquences : les prix dans les stations-services ne se détendront pas dans les prochaines semaines. Les tarifs ne s’envoleront pas non plus : le brut a touché les 100 dollars mais le billet vert pèse de moins en moins. En Europe du moins. Soit un matelas monétaire bénéfique pour les consommateurs du Vieux Continent. Un pétrole au-delà des cent dollars ne promet néanmoins rien de bon à l’économie planétaire. Une économie déjà menacée par des Etats-Unis en quête d’un nouveau souffle.

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