Pakistan Un rapport accablant contre Musharraf

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Les élections sont reportées au 18 février
Le report attendu a été confirmé. Selon le gouvernement, la sécurité ne pouvait être assurée.

De notre correspondante à Islamabad

Les élections législatives au Pakistan, prévues dans une semaine, ont finalement été repoussées au 18 février. Un report attendu, étant donné la crise politique que traverse le pays, sept jours après l’assassinat de Benazir Bhutto.

La disparition tragique de la dirigeante du plus grand parti pakistanais, le PPP, avait provoqué des émeutes dans plusieurs villes du pays. La capitale économique, Karachi, est restée paralysée pendant quatre jours, tandis que pilleurs et vandales mettaient à sac des commerces et brûlaient des véhicules. Une quarantaine de personnes ont été tuées dans ces violences.

Alors que la situation s’est désormais apaisée et que la vie reprend son cours, le PPP réclamait le maintien des élections à la date prévue, tout comme l’autre grand parti, la Pakistan Muslim League de Nawaz Sharif.

Le PPP, désormais contrôlé par le veuf de Benazir, Asif Zardari, un personnage largement détesté, y compris au sein de son parti, espérait ainsi capitaliser sur l’émotion des électeurs, encore sous le choc de l’assassinat, et récupérer un maximum de « votes de sympathie ». Mais le gouvernement a considéré qu’un report s’imposait, la sécurité ne pouvant être assurée. Les élections ont aussi été repoussées après le Moharram, un mois sacré pour la minorité chiite, période sensible où des violences sectaires éclatent chaque année.

De nouvelles preuves

Le parti au pouvoir espère profiter de ce délai pour se ressaisir alors que la polémique sur la mort de Benazir ne cesse d’enfler, de nombreux Pakistanais soupçonnant des membres de l’establishment d’être impliqués dans son assassinat. Les causes de son décès restent troubles, le ministère de l’intérieur ayant d’abord parlé d’un « choc à la tête » contre le capot de sa voiture, provoqué par le souffle de l’attentat, tandis que des vidéos amateurs montrent clairement un homme portant des lunettes noires tirant avec une arme sur la politicienne juste avant l’explosion.

La piste d’« Al Qaida » suivie par le gouvernement n’est pas plus claire, le chef taliban Beatullah Mehsud, accusé d’avoir commandité l’assassinat, ayant démenti toute implication. En attendant, le PPP a jeté un nouveau pavé dans la mare hier en affirmant que Benazir s’apprêtait à divulguer des preuves sur les manœuvres que préparaient le parti de Musharraf et les services secrets pour truquer les élections.

Il est certain qu’avec une commission électorale et un pouvoir judiciaire acquis au gouvernement, le processus électoral n’allait sans doute pas être d’une grande transparence. Mais selon Latif Khosa, membre du PPP, Benazir allait remettre, le jour de sa mort, un dossier accablant de 160 pages à des sénateurs américains avec qui elle devait dîner le soir même à Islamabad.

Le rapport décrirait des tactiques d’intimidations, d’éventuels bourrages des urnes, un détournement de l’aide financière américaine pour truquer les élections, l’acheminement d’électeurs pro-Musharraf par des véhicules du gouvernement, etc.

Le jour de l’élection, les services secrets auraient même prévu, selon elle, de provoquer des violences dans les bastions des partis rivaux du gouvernement.

CÉLIA MERCIER

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