Naples croule sous les poubelles

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Italie Un problème récurrent que les élus locaux ne parviennent pas à résoudre

La Camorra, la mafia locale, y est bien sûr pour quelque chose. Le président italien annonce une initiative.

Rome

De notre correspondante

Des tonnes d’ordures continuent à s’amonceler à Naples, surtout dans les quartiers périphériques, depuis le début de l’année. Les pompiers ne cessent de lutter contre des montagnes de déchets qui brûlent dans les rues. Dans la nuit de jeudi à vendredi, ils ont dû s’attaquer à une cinquantaine de bûchers malodorants et souvent très toxiques (d’importants taux de dioxine ont été relevés) – sans compter les quatre autobus incendiés à Pianura, dans la périphérie ouest de Naples où les habitants en colère ont ainsi protesté contre la réouverture d’une décharge fermée en 1996, qu’ils jugent dangereuse pour leur santé.

Vendredi matin, les Napolitains se sont réveillés en découvrant un spectacle macabre dans une grande avenue du centre : 21 poupées de chiffon, grandeur nature, étaient pendues aux réverbères. Avec, sur leur poitrine, le nom du maire de Naples, Rosa Russo Jervolino, et celui du président de la région de Campanie et ancien maire de Naples, Antonio Bassolino. Cette protestation a été organisée par le parti de centre-droit AN (Alleanza Nazionale), qui demande la démission des élus locaux, incapables de résoudre le problème des déchets.

Un problème qui ne date pas d’hier. En mai dernier, l’état d’urgence-poubelles avait été décrété pour la énième fois en 13 ans. Et, au cours de ces années, les « commissaires extraordinaires », nommés pour tenter de ramener la situation à la normalité, ont déclaré forfait, l’un après l’autre.

Du Nord au Sud

Le maire accuse ces experts ainsi que son prédécesseur non seulement d’inefficacité mais aussi d’avoir dilapidé des fortunes, plus de 2 milliards d’euros, pour rien. Si ce n’est, peut-être, pour remplir encore davantage les poches de la Camorra, la redoutable mafia napolitaine qui, ce n’est un secret pour personne, contrôle la gestion des déchets à Naples et dans la région de Campanie.

En multipliant les dépôts illégaux, en transportant à bas prix les déchets toxiques du Nord au Sud, en se contentant d’enterrer ces déchets sans les traiter et sans respecter la moindre règle écologique, la Camorra a réussi à mettre sur pied une industrie extrêmement rentable. En l’absence de toute nouvelle initiative efficace, la fermeture de nombreuses décharges au cours des dernières années – certaines pour cause de saturation, d’autres pour infiltrations mafieuses – a rendu la situation encore plus critique.

Le président de la République Giorgio Napolitano, originaire de Naples, a répété vendredi que la situation était « alarmante » et annoncé que le gouvernement prendra une initiative au plus haut niveau. Et la Commission européenne, de son côté, a fait savoir au gouvernement italien qu’elle suivait la situation de près. L’Italie pourrait être à nouveau accusée d’infraction à la législation européenne en matière de déchets.

VANJA LUKSIC

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