Charles Taylor devant ses juges

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Liberia L’ancien président est jugé pour crimes de guerre

Après six mois d’interruption, le procès de l’ancien président libérien Charles Taylor, accusé de crimes de guerre et crimes contre l’humanité devant le Tribunal spécial pour la Sierra Leone (TSSL), doit reprendre lundi avec l’audition d’un premier témoin. « Lundi, on va foncer tête baissée. Ce ne sera pas un jour de discours et de discussions juridiques, lundi sera le jour où on commencera la présentation des témoins en chair et en os », a indiqué lors d’une conférence de presse le procureur en chef du TSSL, Stephen Rapp.

Le premier témoin appelé à la barre sera Ian Smillie, un expert en développement économique et spécialiste de l’industrie du diamant en Afrique, afin d’expliquer « la motivation à la base de l’acte d’accusation » contre Taylor : le diamant, a insisté le procureur.

Charles Taylor, le premier ancien chef d’État africain à être jugé par la justice internationale, plaide non coupable des crimes de guerre et crimes contre l’humanité qui lui sont reprochés.

Élu président du Liberia en 1997, il comparaît pour avoir, en échange d’un nombre encore inconnu de diamants et d’autres ressources naturelles rares de Sierra Leone, soutenu les rebelles du Front révolutionnaire uni (RUF) ayant martyrisé les civils durant la guerre qui a frappé ce pays voisin : en 1991-2001, 120.000 personnes y sont mortes et des milliers d’autres ont été mutilées.

Taylor doit répondre de onze chefs d’accusation, notamment de meurtre, viol et recrutement d’enfants soldats. Son procès devant le TSSL a été délocalisé de Freetown vers La Haye à la demande du Liberia, qui craignait pour la stabilité de la région.

Lors des premiers jours du procès, l’accusation fera témoigner une victime sierra-léonaise et un Libérien ayant appartenu au cercle de proches de Charles Taylor. Son témoignage devra prouver « les liens entre Taylor et les crimes, (entre Taylor) et les auteurs directs de ces crimes sur le terrain », a expliqué Stephen Rapp.

« Nous allons essayer dans cette phase initiale de présenter à grands traits la base de notre accusation », a commenté le procureur, qui espère clore le procès fin 2009. Au total, il compte présenter 144 témoins, dont la moitié devrait se rendre à La Haye. Parmi eux, 59 témoins doivent prouver les liens entre les combattants du RUF ayant commis des exactions sur le terrain et l’accusé ; huit sont des experts ; 77 sont des victimes.

Les rebelles du RUF ont acquis une réputation sanguinaire en amputant bras, jambes, oreilles et nez à des milliers de civils sans défense, en brûlant des villages entiers, et par leur habitude d’engager de force des enfants dans leurs rangs.

Milliardaire « indigent »

Taylor avait boycotté l’ouverture de son procès en juin et annoncé le renvoi de son avocat en réclamant plus de moyens financiers pour assurer sa défense. En août, l’accusé avait accepté un nouvel avocat. Il devrait être présent lundi à la reprise de son procès. Le TSSL, qui lui a reconnu le statut d’« indigent », lui alloue quelque 100.000 dollars par mois pour financer sa défense.

« Nous pensons que Taylor possède des moyens financiers de grande ampleur » se comptant en centaines de millions de dollars « vu les ressources qu’il a détournées hors de Sierra Leone », a indiqué M. Rapp, ajoutant que son équipe enquêtait sur ces avoirs. Taylor détiendrait environ un demi-milliard de dollars d’actifs financiers cachés au Liberia et au Nigeria, a affirmé à la mi-juin le New York Times citant un rapport remis à l’ONU. (afp)

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