Saakachvili sans second tour

Géorgie Le scrutin présidentiel de samedi a été validé par l’OSCE

Le président sortant a été réélu dès le premier tour. La Russie, qui harcèle la Géorgie, conteste la régularité du vote.

Mikheïl Saakachvili se succédera à lui-même à la tête de l’État géorgien. Le chef de la commission électorale centrale l’a confirmé dimanche soir, après plusieurs heures de suspense, qui avaient vu le président sortant osciller autour des 50 % requis pour être élu dès le premier tour. Mikheïl Saakachvili, 40 ans, qui avait démissionné pour provoquer la tenue d’une présidentielle anticipée, a obtenu 52,8 % de voix, après le dépouillement de presque tous les bulletins de vote – à l’exception de ceux de 43 bureaux à l’étranger. Le candidat de l’opposition Levan Gatchetchiladzé a toutefois contesté les résultats et réclamé un second tour.

Pourquoi, soudain, tant de regards tournés vers la Géorgie ? La trêve des confiseurs n’est certainement pas étrangère à ce regain d’intérêt… Cependant, ce petit pays du Caucase est objectivement très intéressant.

En termes de valeurs d’abord. Mikheïl Saakachvili est un « héros démocratique », c’est lui qui a conduit la « révolution des roses » puis remporté la présidentielle de 2003, avec 96 % des voix. En novembre dernier, toutefois, le grand « démocrate » a été pris en flagrant délit d’autoritarisme : il a instauré l’état d’urgence et réprimé les manifestations d’opposition. À quel genre de démocrate a-t-on donc affaire ? Le scrutin de ce samedi a en tout cas été qualifié de « valide » par les observateurs de l’OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe), qui ont estimé qu’il avait, malgré des « lacunes », offert une réelle « concurrence » entre les candidats. « La démocratie a marqué un point triomphal en Géorgie », a même déclaré l’Américain Alcee Hastings, le président de l’Assemblée parlementaire de l’OSCE, qui dirigeait la mission d’observation sur place.

La Russie a très rapidement contesté les conclusions de l’OSCE, qu’elle a jugées « pour le moins superficielles ». « Des informations en provenance des médias, des ONG et des représentants de l’opposition sont parvenues et continuent d’affluer sur de nombreuses violations de la loi électorale par le pouvoir », a affirmé le ministère russe des Affaires étrangères.

Les interférences russes

Cela amène à la deuxième raison de s’intéresser à la Géorgie. Depuis la « révolution des roses », ce pays – né sur les ruines de l’URSS, au carrefour d’importants réseaux de transport énergétiques – est en effet continuellement persécuté par la Russie, sa grande voisine, qui lui reproche beaucoup de choses, et surtout de se tourner vers l’Otan et l’Union européenne.

Moscou impose depuis 2006 un blocus économique à Tbilissi. Et, pire : les Russes soutiennent à bout de bras deux régions sécessionnistes de la Géorgie, l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie. « La reconnaissance d’un Kosovo indépendant par l’Occident créera un précédent. Si les pays occidentaux reconnaissent le Kosovo, cela nous donne le droit de demander à nos amis, la Russie, le Belarus et d’autres pays de la CEI (Communauté des États indépendants, NDLR), de reconnaître l’indépendance de l’Abkhazie, de l’Ossétie du Sud et de la Transdniestrie » (en Moldavie), a dit le président abkhaze, Sergueï Bagapch.

Le principal adversaire du président géorgien sortant, Levan Gatchetchiladzé, a obtenu 27 % des voix. Les leaders de l’opposition ont annoncé qu’ils contesteraient les résultats du scrutin devant les tribunaux, et ont appelé leurs partisans au calme.

MAROUN LABAKI

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