Communautaire Le groupe Leterme prié de revoir la méthode de Val Duchesse

 Communautaire Le groupe Leterme prié de revoir la méthode de Val Duchesse

La grand-messe ne réussira qu’en comité très restreint

Le Premier ministre l’avait promis, lors de sa déclaration de fin d’année à la tribune de la Chambre : « Notre État fédéral doit faire l’objet d’une réforme. Et le débat doit être rapidement lancé. C’est la raison pour laquelle le 9 janvier verra l’installation d’un groupe de travail appelé Octopus (…). Il se composera de douze membres, provenant des grands groupes démocratiques et les présidents de la Chambre et du Sénat pourront y être conviés. J’ai l’intention de soumettre (…) la note que j’ai élaborée et qui n’engage que moi. »

Parole tenue. Guy Verhofstadt a déposé mardi sa note institutionnelle. Dans la foulée, Yves Leterme vient de livrer ce mercredi la composition du groupe de travail sur la Réforme de l’État. Qui se réunira finalement mardi, une semaine plus tard que prévu. Et, aussi, dans une composition beaucoup plus large qu’annoncé.

L’Octopus, nom donné au groupe que Verhofstadt I avait mis en place pour réaliser la grande réforme de la Justice et des polices, fait référence aux huit tentacules des octopodes, comme la pieuvre. Huit, pour huit partis…

La nouvelle pieuvre aura finalement dix-huit membres issus des huit partis démocratiques, en fonction d’un savant dosage politico-communautaire et d’une série de règles.

1Les présidents de parti. Toutes les formations traditionnelles envoient leur principal responsable politique au groupe de travail. Pour y peser…

2 Les présidents d’assemblée. Armand De Decker, pour le Sénat (MR) et Herman Van Rompuy (CD&V) pour la Chambre en seront membres.

3 Les partis les plus forts. les trois formations qui disposent de 20 sièges au moins à la Chambre, bénéficient de deux représentants d’office. C’est le cas du cartel CD&V/N-VA qui déléguera Etienne Schouppe, son président intérimaire, et Bart De Wever, le président de la N-VA. À leurs côtés siégeront encore Herman Van Rompuy, l’ancien explorateur et Yves Leterme, le président du groupe de travail.

Le MR et le PS sont aussi dans le cas. Les libéraux francophones auront trois représentants : le président de la Fédération et vice-président du groupe de travail, Didier Reynders, le président du FDF Olivier Maingain et le président du Sénat, Armand De Decker.

Les socialistes, outre Elio Di Rupo et Philippe Moureaux, l’ex-ministre des Affaires institutionnelles seront finalement accompagnés d’un ministre régional, celui de l’Économie wallonne, Jean-Claude Marcourt.

Trois PS et trois MR, histoire de ne pas froisser les susceptibilités à vif…

4 Les partis moins forts. Les formations ayant envoyé moins de 20 députés à la Chambre ne disposent en principe que d’un seul représentant.

C’est le cas des verts : Écolo y déléguera son spécialiste institutionnel Marcel Cheron ; Groen, son ex-présidente Magda Aelvoet.

Au CDH, Joëlle Milquet, présidente sera flanquée du ministre régional wallon André Antoine, en qualité de suppléant permanent. Une appellation sui generis, explique-t-on chez les spécialistes institutionnels du cabinet Leterme. En réalité ces « suppléants » n’en portent que le titre et, participant à toutes les réunions, sont assimilés à des membres à part entière.

L’Open VLD et le SP.A Spirit s’inscrivent dans la même configuration et enverront, outre leur président(e), Bart Somers et Caroline Gennez, respectivement Patrick Van Krunkelsven, sénateur et spécialiste de l’institutionnel au VLD et Geert Lambert, chef de file de Spirit.

5 L’équilibre communautaire. Il est atteint : 9 francophones, 9 néerlandophones. Mais on ajoutera que parmi ces 9 néerlandophones, on retrouve 4 personnalités qui évoluent ou en évolué en eaux nationalistes. De Wever, bien sûr, mais aussi Geert Lambert et Patrick Van Krunkelsven, ex-leaders de la défunte Volkunie, ou Bart Somers, ancien membre de ce parti avant l’opération d’élargissement du PVV en VLD.

6 Un comité restreint. C’est sans doute l’élément important : le président et le coprésident feront appel, de manière informelle et sur une base permanente, aux responsables politiques particulièrement expérimentés dans le domaine de la réforme de l’État. Il s’agit, entre autres, de Jean-Luc Dehaene et Guy Verhofstadt. Nos deux derniers Premiers ministres seront eux aussi invités aux activités du groupe de travail.

Voilà en effet la seule clef de sortie de crise possible d’ici au 23 mars prochain. Une clef livrée à un petit comité des sages (c’était déjà l’idée de Jean-Luc Dehaene qui fut torpillée pendant les négociations de l’Orange Bleue) qui travaillerait à huis clos, hors caméras, de manière informelle.

Car il ne reste que deux bons mois pour régler le problème des transferts de compétences entre entités fédérales et fédérées, la nouvelle composition des Assemblées et le nœud gordien de Bruxelles-Hal-Vilvorde.

Parmi les dix-huit, on ne masque pas son scepticisme sur les chances d’aboutir, se rappelant du cuisant échec au terme des six mois de négociations menées sous l’Orange bleue. « Chaque fois qu’il y avait une difficulté, cet été, lors des négociations de Val Duchesse, le brûlot était renvoyé à un groupe de travail qui le transmettait lui-même à un groupe d’experts. Cette méthode a monté ces limites. Il est illusoire de vouloir réussir un défi de cette envergure au sein d’un groupe aussi large », susurre-t-on parmi les négociateurs du groupe de travail qui sera installé mardi prochain.

Un groupe qui ne dispose aujourd’hui d’aucun agenda précis et dont la méthodologie reste très floue. Elle n’a aucune base de travail. Et si la note élaborée par Guy Verhofstadt a été qualifiée d’« intéressante » par Yves Leterme, on voit mal le successeur désigné du Premier ministre l’utiliser comme base de discussions du groupe de travail.

Le miracle pascal viendra-t-il d’un noyau de quelques personnalités (le président et le vice-président du groupe, les présidents des Assemblées et les deux anciens premiers ministres) qui, à l’écart de tout débat idéologique, loin des déclarations tapageuses, seront capables de mettre en place ce nouvel équilibre institutionnel indispensable à la survie même de l’État-Belgique ? C’est l’ultime espoir.

DIRK VANOVERBEKE

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