Etats-Unis La défaite d’Obama est aussi celle des sondages

La démocrate s’est magistralement reprise dans le New Hampshire. Mais 99 % des électeurs doivent encore voter.

De notre envoyé parmanent à New York

Les démocrates ne savent plus où donner de la tête. Une femme, un Noir. La politicienne la plus habile, la plus talentueuse et la plus tenace de l’histoire du pays ; un jeune inconnu arrivé comme une météorite en promettant de transformer de fond en comble les États-Unis et en leur donnant une nouvelle raison d’espérer. Deux candidats d’exception et, déjà, une course électorale qui met à rude épreuve les nerfs des Américains : 48 des 50 États doivent encore se décider, 99 % des électeurs n’ont pas eu le droit à la parole.

Mais avec le New Hampshire, c’est une nouvelle nuit électorale haletante qu’ont connue les États-Unis. Contre toute attente, c’est Hillary Clinton qui, cette fois, l’a emporté. Sa victoire est étroite : à peine un peu plus de deux points d’avance. Mais elle est apparue comme une prouesse après qu’Obama eut « percé le plafond » en réussissant à s’imposer dans un État de l’Iowa blanc, rural et traditionnel.

Jusqu’où l’exercice est-il feint ? Aux anges devant ses militants exultants, la candidate faisait mardi soir une curieuse confession : « Cette dernière semaine, je vous ai écoutés et, en cours de route, j’ai trouvé ma propre voix. » Pratiquement sans exception, tous les sondages la donnaient largement vaincue. Mais Hillary Clinton est sortie de sa chrysalide. En se confrontant aux électrices du New Hampshire, en laissant transparaître son émotion au point d’en avoir la voix étranglée par un début de sanglot, elle a tout d’un coup repris le dessus. Il était question de « panique » au sein de son équipe.

On la voyait déjà esquiver les prochains rendez-vous au Nevada, en Caroline du Sud, afin d’éviter des camouflets supplémentaires avant le « super mardi » du 5 février, dans lequel participeront plus de vingt États.

Mais les électrices du New Hampshire ne l’ont pas entendu de cette oreille, et ont massivement dirigé leurs voix en faveur de la candidate.

Au passage, Hillary Clinton avait laissé sur le bord du chemin les vieilles gloires associées à l’ère de son mari. Aux oubliettes, les Madeleine Albright et les Wesley Clark. Même son mari Bill, cette bête politique, semblait à côté de la plaque en s’en prenant frontalement à Obama et en tentant de le ridiculiser.

Hillary, ces derniers jours, n’avait plus besoin d’eux. Elle a trouvé la connexion directe avec l’Amérique d’aujourd’hui. En quelques jours, elle a réussi à transformer en atout ce qui faisait sa principale faiblesse.

L’épisode, bien sûr, rappelle cette Hillary qui, par le passé, avait été humiliée par l’infidélité de son mari avec une stagiaire de la Maison-Blanche. Faisant preuve d’un mélange de cran et de fierté, elle avait pardonné à Bill et conquis le cœur des New-Yorkais qui en avaient fait leur sénatrice.

Aujourd’hui, c’est « l’infidélité » du Parti démocrate qu’« Hillary » devait surmonter. « Je suis de retour (dans la course) car vous avez parlé », clamait-elle. La brouille passagère est oubliée. Et tous ceux qui avaient donné la candidate non seulement pour morte, mais aussi pour enterrée (la formule est du New York Daily News), doivent aujourd’hui reconnaître que c’était bien prématuré : son expérience continue de faire apparaître Clinton plus substantielle que son rival. Elle est redoutable dans les débats télévisés et les face-à-face. Davantage qu’Obama, elle a aussi axé son discours sur les questions économiques qui, avec la menace d’une récession, figurent désormais en tête des préoccupations des électeurs.

Mais Barack Obama, lui non plus, n’a pas dit son dernier mot. De toute évidence, il affiche des positions plus « libérales » (dans l’acception américaine du terme) que sa concurrente.

Tous deux veulent rétablir l’image de l’Amérique dans le monde, mise en miettes par l’Administration Bush. Mais les programmes politiques, en réalité, importent peu. L’avocat de Chicago est apparu triomphant lui aussi mardi soir. Loin d’accuser le coup après sa défaite surprise, il faisait, une fois de plus, un discours remarquable.

Obama a deux modèles qui le propulsent. John F. Kennedy avait donné la lune pour horizon aux Américains. Le sénateur noir leur offre une nouvelle Amérique, réconciliée avec elle-même et débarrassée de la mainmise de la génération grisonnante des « babyboomers » qui, à ses yeux, l’empêche d’avancer. Mais surtout, il a adopté le ton de Martin Luther King, ce Dr King dont les rêves ont transformé l’Amérique. « Yes, we can », scandait Obama en mêlant dans un même prêche les murmures des esclaves, les chansons des immigrants, le labeur des illégaux de Las Vegas ou l’apprentissage de la vie d’un enfant dans les rues de Los Angeles. Barack Obama offre une vision de l’Amérique en CinémaScope. Mieux : il y donne un rôle à chacun.

Qui l’emportera dans ce duel ? Au Nevada, le 19 janvier, se jouera la confrontation avec la réalité. Les syndicats, très importants dans cet État à majorité ouvrière, ne se satisferont sans doute pas de rêves. Hillary Clinton dispose d’une machinerie bien huilée au sein de « l’establishment » démocrate. Elle est donnée favorite dans les sondages.

Mais les sondages, il est vrai, semblent eux-mêmes dépassés par les événements. Et mercredi, the Culinary Union, le puissant syndicat qui regroupe des dizaines de milliers de membres au sein des employés des hôtels, des restaurants et de l’industrie des casinos de Las Vegas, s’employait encore à brouiller les pistes en se prononçant en faveur d’Obama.

Puis reviendra la part du rêve, avec la Caroline du Sud et l’irruption du vote noir, dont on s’attend désormais qu’il bénéficie à plein à Barack Obama. La rupture avec les huit ans de présidence Bush est annoncée. Reste encore à savoir auquel de ces deux espoirs les électeurs démocrates donneront les moyens de l’incarner.

LUIS LEMA

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