La voiture la moins chère du monde

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Auto Tata lance la Nano, vendue en Inde pour 100.000 roupies (1.700 euros)

Le marché indien offre un potentiel fabuleux.
Les constructeurs écrasent les prix pour s’y imposer.

Les propriétaires belges de la Suzuki Alto l’ignorent : la voiture qu’ils conduisent dans notre pays a été assemblée en Inde par Maruti, société détenue majoritairement par le constructeur japonais.

Suivant le même principe, verra-t-on un jour sur les routes européennes la Nano présentée hier à New Delhi, par Ratan Tata, président du conglomérat éponyme, comme « la voiture la moins chère du monde » ? À 100.000 roupies l’unité (1.704 euros), la Nano bat largement la Dacia Logan dont le slogan de « voiture à 5.000 euros » a fait fureur, même si le prix de base en Belgique de la « Renault roumaine » est de 7.500 euros. « Mais l’Europe n’est pas l’Inde », rappelle un cadre du groupe Tata selon qui « il est impossible de rencontrer les standards automobiles européens à un coût inférieur à 5.500 euros. Quel que soit le salaire des travailleurs, la sécurité et le contrôle des émissions restent des postes onéreux dans la conception et l’assemblage ».

Concrètement, si la Nano peut transporter quatre personnes, elle se contente d’un seul essuie-glace et surtout d’un moteur de moto de 600 cc qui ne lui permettra guère de dépasser la vitesse de 75 km/h au prix, heureusement, d’une consommation très modérée. Qu’à cela ne tienne : dans un pays où le principal moyen de transport motorisé reste l’autorickshaw à 3 roues et sur un marché comptant 7 millions de voitures pour 1,1 milliard d’habitants (une pour deux habitants en Europe…), le potentiel de développement automobile est énorme, à côté de la Maruti 800 vendue en grande quantité depuis 25 ans et à 4.800 dollars seulement. Le conglomérat Tata (96 filiales de la sidérurgie à la chimie, aux télécommunications et à la construction de camions) l’a bien compris en lançant ce programme il y a quatre ans. Pour le mener à bien, il a travaillé sur les économies d’échelle et aussi multiplié les sites de production afin de réduire les coûts de distribution d’un modèle qu’il espère assembler à terme à 1 million d’unités, y compris vers d’autres marchés émergents. Et, en référence à l’évolution de la classe moyenne locale qui devrait acheter 2 millions de voitures en 2010 au lieu de 1,1 million en 2005, Tata n’en restera pas là et figure ainsi en première ligne pour racheter Land Rover et Jaguar à Ford.

Renault-Nissan aussi

Le marché indien, qui devrait quadrupler d’ici à 2016 pour représenter 145 milliards de dollars et employer 25 millions d’Indiens, attire logiquement d’autres investisseurs. L’Indien Xenitis, associé au chinois Guangzhou, annonce une voiture au même prix cette année, Renault-Nissan travaille sur un projet à 3.000 dollars tout comme Toyota, General Motors et Hyundai déjà présents sur ce marché où Volkswagen construira en 2009 une Polo locale. En outre, à l’image de Maruti-Suzuki, les constructeurs indiens, comme les chinois, deviendront à terme de grands exportateurs lorsqu’ils auront maîtrisé qualité, sécurité et émissions polluantes.

Dans l’immédiat, comme les Fiat 500, Citroën 2 CV et Renault 4 l’ont réussi en Europe à une autre époque, Tata et ses concurrents vont mettre l’Inde sur la route. Une perspective qui est déjà objet de polémique dans un pays souffrant d’une saturation du réseau routier, de pollution et d’un taux élevé d’accidents dû au comportement de conducteurs dont l’audace fait frémir le passager européen le plus aguerri. Le prix d’un certain progrès ?

AFP,YVES DE PARTZ

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