TF1 lave son linge sale dans un livre

Télévision Une enquête interne a été ouverte pour démasquer les auteurs

Un PPDA tyrannique, une rédactrice en chef méprisante pour le public, le tout chez « Télé Sarko »

PARIS

DE NOTRE CORRESPONDANTE

La tête de cinq journalistes de la rédaction de TF1 est mise à prix par la direction : réunis anonymement sous le nom collectif de Philippe le Bel (allusion à Patrick Le Lay, l’ex-P-DG), ils ont publié jeudi une bombe intitulée Madame, monsieur, bonsoir… Ils y décrivent crûment les dessous du JT de PPDA, « tyrannique », et attestent, avec force détails, le surnom de leur chaîne : « Télé Sarko ».

Mercredi, TF1 a ouvert une enquête interne pour les démasquer. L’ambiance dans les couloirs est délétère, mais le bon mot à la mode tente de détendre l’atmosphère : « Tu ne m’as pas dédicacé ton bouquin ».

Point de révélations dans ce livre, qui corrobore ce que les observateurs de la chaîne savent déjà. Exemple, la maxime de Robert Namias, directeur de l’info : « Ce qui ne passe pas sur TF1 n’existe pas ». Mais les scènes décrites et les portraits dressés donnent du relief à l’esprit et aux méthodes qui régissent le travail de la rédaction, et la fabrication de la « soupe », servie quotidiennement à dix millions de gens.

« 25 secondes de bordel »

Patrick Poivre d’Arvor, surnommé « Néron », est décrit comme « irascible. Chacun dans la rédaction s’attache à prévenir ses colères ; on les craint. Destructrices, blessantes. » Chaque matin, les trente personnes qui participent à la conférence de rédaction – et à travers eux, les 500 membres de la rédaction – sont suspendues à l’arrivée tardive et nonchalante de PPDA : « Son retard n’est jamais excusé, encore moins justifié ; un bonjour est déjà signe de bonne humeur ».

Quant à Claire Chazal, « tandis que les chefs d’info lui transmettent le menu de son journal, Claire est ailleurs, dans la contemplation de ses mains, dont le soin est une obsession ».

Les auteurs décrivent aussi leur travail au quotidien. Après une manifestation d’étudiants, « Monte-moi 25 secondes de bordel, on mettra ensuite deux témoins », demande un journaliste au monteur. Quant au traitement de l’international : « Vous êtes à l’autre bout du monde ou quelque part en Afrique pour rendre compte d’un conflit ethnique. Il aura fallu plusieurs milliers de morts et quelques centaines d’articles dans la presse écrite pour qu’enfin le directeur de la rédaction accepte de signer un ordre de mission. Résultat : il arrive souvent que la première télévision de France soit la dernière à arriver sur place. »

Sujets bâclés, montés à la va-vite. Mais ce que relève la rédactrice en chef, c’est : « Allégorie, les gens ne savent pas ce que ça veut dire. Trouve autre chose ! » Selon les auteurs, il y a des jours où « elle a décidé de ne rien comprendre, alors que mon commentaire serait repris tel quel par Pomme d’Api, le journal des 3/7 ans ».

Quant à « Télé Sarko », les exemples foisonnent, avec en point d’orgue ce mot d’encouragement de l’épouse de Patrick Le Lay à Nicolas Sarkozy, avant un 20 heures : « On est tous avec vous ! ». Puis, il y a le « Virez-moi cette coupe tout de suite ! », de Robert Namias, qui vient de remarquer qu’une coupette a été oublié sur le pupitre de Claire Chazal. Avec PPDA, et avant même que sonnent 20 heures, ils ont fêté devant leurs équipes la victoire de Nicolas Sarkozy.

Et aussi, ce scoop jamais diffusé dans 7 à 8 : l’entretien avec le frère de Rachida Dati, au moment de démêlés judiciaires de celui-ci. « Mais on ne touche pas à la “sœur” de Cécilia. “ Vous n’allez pas me gâcher ma rentrée !”, lance Robert Namias ». Quant aux collaborateurs qui quittent le cabinet de la ministre, ça ne peut pas faire un sujet, « les gens ne savent pas ce que c’est un cabinet, c’est très technique. ».

TF1 devrait se méfier, ses télé-spectateurs savent peut-être lire.

Madame, monsieur, bonsoir…, éd. Panama, p.168, 15 euros.

CHARLINE VANHOENACKER

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