Cartes sur table à Goma

Congo Une conférence pour la sécurité et la paix au Nord et au Sud-Kivu

La singularité des rwandophones est noyée dans l’addition des souffrances subies par toutes les ethnies du Kivu.

Le président Joseph Kabila est arrivé à Goma alors que la conférence sur la paix dans la région du Kivu entrait dans une phase cruciale, la recherche de solutions concrètes.

Des ateliers thématiques succéderont désormais à ce qui avait commencé le 6 janvier comme une grand-messe : 1.300 participants issus du Parlement, de la société civile, des groupes ethniques et des mouvements armés s’étaient bousculés pour trouver place dans les locaux de l’Université libre des Grands lacs.

Annoncée depuis longtemps par le président désireux de prendre le pouls de la population dans les autres provinces, cette conférence a été organisée dans l’urgence, au lendemain de la cuisante défaite infligée à l’armée congolaise par les dissidents du général Nkunda.

Depuis l’ouverture de la conférence, le revers subi à Mushake est passé au second plan, le pays tout entier vit au rythme des travaux de Goma, où s’imposent deux personnalités, le président de l’Assemblée Vital Kamerhe, moteur de la réunion, et l’abbé Malu Malu qui avait déjà présidé avec succès la Commission électorale indépendante.

Au fil des interventions en plénière, la tragédie du Kivu s’est révélée dans toute sa complexité : cette région meurtrie a subi en 1994 le déferlement de deux millions de réfugiés hutus, elle s’est trouvée en première ligne des deux guerres initiées depuis le Rwanda et l’Ouganda (1996-97 et 98-2002), ses populations, toutes ethnies confondues, ont été chassées, exploitées, massacrées, les femmes ont été victimes de viols systématiques, les enfants ont été recrutés comme soldats et cette année encore, les hostilités entre Nkunda et les forces gouvernementales ont provoqué le déplacement de plus d’un million de civils, deux fois plus qu’au Darfour.

En fait, le Nord et le Sud-Kivu subissent, jusqu’aujourd’hui, les prolongements du génocide au Rwanda puisque les combattants hutus, rassemblés au sein des FDLR (Forces de défense pour la libération du Rwanda) continuent à semer la terreur. Leur rapatriement au Rwanda dans les plus brefs délais est apparu comme une priorité admise par tous.

Il est probable que la Mission des Nations unies au Congo, dont le nouveau chef, Alan Doss, s’est rendu à Goma, sera sollicitée dans ce cadre. A noter cependant que le Rwanda, partie prenante dans les enjeux du Kivu – dans tous les sens du terme – a invoqué des questions de procédure pour décliner l’invitation à assister aux travaux.

Au premier rang des victimes civiles, les Pygmées, chassés de leurs forêts riches en minerais précieux, et les femmes, cibles de viols à répétition, estiment n’avoir pas été suffisamment représentés.

Cependant, la forte participation a permis de relativiser les griefs des uns et des autres : les Tutsis, qui craignent l’insécurité créée par les FDLR, ne sont pas les seuls à être menacés, des représentants d’autres groupes ethniques, les Bashi du Sud-Kivu, les Nande du « petit Nord », les Bembe riverains du lac Tanganyika et leurs voisins des hauts plateaux les Banyamulenge, ont également pu s’exprimer et ont fait valoir leurs souffrances respectives.

Durant les séances plénières retransmises à l’échelle du pays et à l’occasion de contacts privés, tous les délégués ont comparé leurs problèmes respectifs, tout en répétant leur confiance dans les institutions démocratiques. La conférence ne prendra donc vraisemblablement pas de décision, mais soumettra recommandations et conclusions au chef de l’Etat et au Parlement. L’intervention des groupes armés a été l’une des plus suivies. Arborant un insigne « rebels for Christ », le porte-parole du CNDP, (Congrès national pour la défense du peuple), le mouvement de Laurent Nkunda, a assuré qu’il ne défendait pas seulement les Tutsis, mais toutes les ethnies de la province et réclamé l’éloignement et le désarmement des ex-Far Interhahamwe.

Il a aussi plaidé en faveur du retour des 40.000 Tutsis exilés depuis dix ans dans la région (un nombre contesté) et il a demandé que les soldats rebelles puissent réintégrer l’armée nationale. La Belgique devrait être représentée à la séance de clôture par le ministre de la Coopération Charles Michel, après un saut à Kinshasa, Kampala et Kigali.

COLETTE BRAECKMAN

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