Ressusciter un cœur ? Pas si fou

Cardiologie Vers la création d’organes

Redonner vie à un cœur mort, un rêve devenu réalité. « Quand nous avons vu les premières contractions nous sommes restés sans voix », s’enthousiasme Harald C. Ott, l’un des chercheurs de l’équipe de l’Université du Minnesota, à la base de cette découverte. Les scientifiques ont utilisé un procédé connu sous le nom de « décellularisation ». Cette technique, appliquée sur des cœurs de rats morts, consiste à éliminer les cellules cardiaques à l’aide d’un puissant détergent. Il ne reste alors que « l’échafaudage » de l’organe, laissant les structures collagènes basiques intactes. Une fois ce « cœur fantôme » obtenu, les scientifiques y ont injecté des cellules cardiaques immatures prélevées sur des rats nouveau-nés. Alimenté par une solution riche en nutriments, cet alliage a commencé à croître en laboratoire.

Quatre jours plus tard, à la grande surprise des chercheurs, les cœurs se contractaient ! Les nouvelles cellules avaient colonisé l’espace laissé vide par la décellularisation. Les scientifiques ont alors utilisé un pacemaker pour coordonner les contractions. Une semaine après, les cœurs pompaient du sang, à 2 % seulement de leurs capacités normales, mais ils pompaient !

Les résultats de cette étude sont parus dans la revue Nature Medicine.

« Nous voulions voir si c’était juste une idée folle », indique Doris Taylor, bio-ingénieur à la tête de cette recherche.

Le nombre de personnes souffrant de problèmes cardiaques ne cesse d’augmenter. Une tendance qui ne risque pas de s’inverser avec l’arrivée des baby-boomer dans la soixantaine. D’où l’intérêt de telles recherches.

Beaucoup de scientifiques travaillent actuellement sur des thérapies à base de cellules souches dans le but de réparer les dégâts provoqués par les crises cardiaques.

Prochaine étape : les cœurs de porcs

Il y a peu, une équipe britannique a réussi à créer, à partir de cellules souches embryonnaires, des cellules cardiaques matures capables de battre. Celles-ci pourraient être utilisées comme des « rustines » sur un cœur endommagé. Une autre étude proposait d’injecter directement des cellules souches cardiaques aux endroits estropiés dans l’espoir de voir le tissu se régénérer.

L’idée du Dr Taylor n’était donc pas si folle que ça. Bien qu’encore loin du compte, elle représente un pas de plus vers le rêve ultime : la création en laboratoire de cœurs en vue de transplantations.

Les scientifiques se lancent d’ailleurs dans une nouvelle expérience mais avec des porcs cette fois. Des animaux dont le cœur est très semblable à celui de l’humain.

AUDREY BINET

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