Première victoire pour le nationaliste Nikolic

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Serbie Premier tour de l’élection présidentielle hier

Mobilisation historique des Serbes pour le scrutin présidentiel. Le second tour est très incertain : tout dépendra du report des voix.

BELGRADE

DE NOTRE CORRESPONDANT

L’homme fort des ultranationalistes a remporté une première manche, dimanche, face au président pro-européen sortant : Tomislav Nikolic est arrivé en tête du premier tour de l’élection présidentielle serbe avec 39,4 % des suffrages contre 35,4 % pour Boris Tadic, selon des résultats provisoires publiés vers 21 h 30. Tous les autres candidats arrivent loin derrière les deux hommes, qu’un second tour, à l’issue très incertaine, viendra départager le 3 février.

C’est par une chaude journée pour la saison que les quelque 6,7 millions d’électeurs serbes étaient appelés aux urnes pour une élection aux enjeux majeurs pour la Serbie, à la veille de la probable indépendance du Kosovo. Dans le calme, mais avec conviction, un grand nombre d’électeurs se sont pressés toute la journée dans les bureaux de vote. Déjouant tous les pronostics, les Serbes sont allés voter en masse.

Avec un taux de participation historique qui devrait s’établir autour de 60 %, chiffres provisoires, tous les scrutins précédents ont été dépassés, et notamment la précédente élection présidentielle de 2004 qui n’avait motivé que 47 % des électeurs. Ce taux de participation très élevé en Serbie aura profité aux deux camps.

L’enjeu de cette élection est en effet crucial et les Serbes semblent avoir laissé de côté un certain fatalisme quant au résultat des élections, qui ne « changent pas leur vie » comme aime à le répéter l’homme de la rue. Alors que les membres européens du groupe de contact se sont réunis samedi en Slovénie pour évoquer, à huis clos, le futur de la mission civile européenne au Kosovo, dont la décision a été reportée au lendemain du deuxième tour, c’est bien l’avenir de la province sous administration de l’ONU depuis 1999 qui était hier dans tous les esprits, mais aussi le chemin du pays vers l’Union européenne.

En effectuant leur devoir électoral tôt dans la matinée, les deux principaux candidats ont réitéré leurs orientations. Ainsi, Boris Tadic (Parti démocratique), le président sortant : « Je suis sûr que la Serbie restera sur son chemin européen parce que c’est l’avenir du pays et en particulier de la jeune génération. » Car pour Boris Tadic, s’il n’est pas question d’abandonner le Kosovo, l’intégration européenne est essentielle. Des Européens qui se sont abstenus de déclarations ces derniers jours pour ne pas gêner le camp démocrate, qu’ils soutiennent. Et surtout pour ne pas favoriser Tomislav Nikolic (Parti Radical Serbe), qui ne cache pas sa préférence pour l’allié russe. Tomislav Nikolic a encore affirmé dimanche que le Kosovo n’était pas négociable – où une explosion non élucidée a fait quatre blessés légers dimanche soir près du quartier diplomatique de la capitale Pristina.

Ainsi, les deux hommes qui se retrouveront au deuxième tour ont résumé le dilemme serbe : l’entrée dans la sphère d’influence russe pour les radicaux et dans celle de l’Union européenne pour les démocrates. Le choix des électeurs serbes s’est sans aucun doute d’abord focalisé sur ces thèmes dans l’espoir de voir s’améliorer leur quotidien.

Le deuxième tour s’annonce très incertain. Car si la mobilisation devrait rester forte, tout dépendra des reports de voix. En particulier de ceux du Parti Démocratique de Serbie (DSS) du Premier ministre Vojislav Kostunica et de son candidat Velimir Ilic, qui n’iront pas nécessairement à Boris Tadic. Minoritaire, Vojislav Kostunica, est bien plus proche des radicaux sur le dossier du Kosovo. Faiseur de majorité, le Premier ministre devra donner des consignes de vote claires. D’elles pourrait dépendre une nouvelle isolation du pays. Mais dans tous les cas, le futur président devra gérer l’inéluctable : l’indépendance du Kosovo, peut-être dès février.

FRANCOIS-XAVIER DELISSE

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