« Faire autant avec moins est illusoire »

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RTBF Philippot s’arme de prudence

Le patron de la RTBF rempile pour six ans et demande au politique d’être prudent avec la pub.

Jean-Paul Philippot est reparti pour six ans à la tête de la RTBF. Vendredi dernier, le gouvernement de la Communauté française a en effet renouvelé son mandat d’administrateur général.

Il nous a livré sa première interview de deuxième mandat. Mais, en marge des dossiers chauds, il est un sujet qui est, une nouvelle fois, revenu dans l’actualité par la fenêtre : celui de la publicité sur le service public. D’abord avec l’annonce de sa suppression en France par Nicolas Sarkozy. Ensuite par la prise de position du MR, qui va dans le même sens. Voici deux ans, le parti de Didier Reynders demandait pourtant la suppression du plafond publicitaire de la RTBF et la multiplication des coupures publicitaires…

Quand on lui demande si ceux qui veulent supprimer la pub dans le service public ne veulent pas tout simplement mettre celui-ci à genoux, Jean-Paul Philippot s’arme de prudence : « Il ne m’appartient pas de commenter des prises de position politiques. En revanche, je redis ce que j’ai dit l’autre jour en commission du Parlement de la Communauté française : il serait bon que le monde politique fasse montre de prudence dans ses propos sur ce sujet. Il y a un vrai risque de déstabilisation du marché. Une simple rumeur, une prise de position peuvent amener des réactions du marché publicitaire, de la concurrence. France Télévisions enregistre déjà des baisses d’investissements publicitaires alors qu’aucun texte n’est paru et que la suppression de la pub est annoncée pour 2009, si elle a lieu. »

Pour le patron de la RTBF, la question ne se pose pas, elle n’est pas à l’ordre du jour. « D’abord, il faut tout de même rappeler à ceux qui demandent un débat que celui-ci a déjà eu lieu il y a deux ans dans le cadre des discussions sur le contrat de gestion entré en vigueur il y a un an et qui court jusqu’à 2011. Ce document prévoit une dotation publique et un financement par la publicité. Je le répète souvent : tout le monde dira toujours qu’il est contre la pub mais personne ne dira qu’il est d’accord de payer 50 euros de taxe pour compenser la différence. Et même si c’était le cas, la question ne se pose pas en ces termes. La Communauté française n’a pas de capacité fiscale, la Région wallonne veut supprimer une radio-redevance qui n’est pas affectée à la dotation de la RTBF. En France, en Suisse, en Angleterre, la redevance va à France Télévisions, à la TSR, à la BBC. Le débat est tout différent. »

Le débat est déplacé

Jean-Paul Philippot répond généralement à ceux qui abordent cette question avec lui que le débat est déplacé : « Ce que l’on entend est souvent simpliste ou réducteur. Entamer ce débat, ce n’est pas se poser la question de la place de la publicité sur nos antennes mais celle des missions de service public. Il n’est évidemment pas écrit dans ma lettre de mission que l’on doit tenir compte du marché publicitaire mais il faut être clair : il est illusoire, utopique même, de penser que nous pouvons continuer à faire ce que nous faisons actuellement avec moins de moyens. De tous les services publics européens qui ont les mêmes missions que les nôtres, nous sommes celui qui a le moins de moyens. On nous cite souvent la VRT voire la BBC mais leurs dotations n’ont rien à voir avec celle de la RTBF. »

Bref, tant que la Communauté française n’aura pas la capacité de financer 100 % de la dotation de la RTBF, le débat sera vide du moindre sens…

JEAN-FRANCOIS LAUWENS

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