Afghanistan F-16 belges dans le Sud en guerre

Le conseil des ministres du gouvernement belge a décidé ce vendredi du déploiement à Kandahar, dans le sud-est de l’Afghanistan, de quatre avions de chasse F-16 ainsi que de la centaine de militaires au sol que ce déploiement suppose. L’effort belge est programmé à partir du 1er septembre, et intervient dans le cadre d’une collaboration avec les Pays-Bas.

Si la nouvelle n’est pas totalement inattendue, elle signifie une modification sensible du risque assumé par l’armée belge en Afghanistan. L’armée allemande, depuis le premier jour partenaire des Belges en Afghanistan, a toujours refusé les missions offensives dans le sud du pays. Ce vendredi, Berlin maintenait cette ligne du refus. L’armée des Pays-Bas, par contre, a clairement accepté une mission offensive : basée en Uruzgan, à Kandahar et à Kaboul, l’armée néerlandaise a essuyé au moins douze morts d’hommes sur le sol afghan, dont deux en ce mois de janvier.

La Belgique a déjà déployé ponctuellement des F-16 lors des élections présidentielle et législatives, mais tant leur base que leur mission étaient alors davantage sécurisées : les avions atterrissaient à Kaboul et n’intervenaient en appui aérien que dans les deux zones nord du pays (nord-est et nord-ouest, à une époque où la couverture militaire du pays était divisée en quatre quarts). C’est désormais au sud-est que les avions interviendront, soit la zone sans doute la plus dangereuse du pays.

Ce n’est pas un risque théorique : coïncidence de date, le chef d’état-major canadien, le général Rick Hillier, déclarait ce vendredi, dans le cadre du débat national sur l’engagement canadien en Afghanistan, qu’il était impossible que le contingent de son pays puisse demeurer dans la région de Kandahar sans être impliqué dans des combats : « Si vous êtes à Kandahar, vous vous retrouvez engagé dans des combats d’une façon ou d’une autre », a déclaré le général. « L’armée afghane n’est pas encore capable d’assurer la sécurité par elle-même. »

Est-ce à dire que le nouveau ministre de la Défense Pieter De Crem (CD&V), agissant à titre intérimaire, aurait fait endosser à la Belgique une position offensive, similaire à celle qui mécontente désormais la majorité de l’opinion publique néerlandaise ?

Techniquement, non. Comme nous le confirme la porte-parole de la Défense Ingrid Baeck, les règles d’engagement des avions belges demeureront les mêmes que lors de leurs missions passées : un appui en couverture des troupes au sol, ce qui signifie d’éventuels vols de dissuasion à basse altitude, et, en cas d’attaque des troupes alliées, la possibilité (la contrainte ?) d’ouvrir le feu.

Seule nuance : si aucune arme n’a dû parler lors des déploiements antérieurs au Nord, la probabilité que les avions belges soient contraints d’ouvrir le feu est désormais plus haute.

Cependant, M. De Crem semble n’avoir cédé que la part du feu face aux demandes atlantistes : « C’est une demande qui est en suspens depuis de longs mois, confirme son prédécesseur André Flahaut, et, à mon sens, c’est sans doute un moindre mal. Les pressions étaient très dures. Les demandes initiales étaient bien plus fortes, du style : troupes à pied, renforcement jusqu’à une compagnie supplémentaire à l’aéroport de Kaboul, voire des troupes dans le Sud (…) On vient de là ! (Ce qui a été décidé), c’est un signal qu’on pouvait donner. Cela ne nous met pas dans une situation offensive : le personnel F-16, par définition, c’est de la dissuasion. Et il est clair que les F-16 ne sont pas atteignables par les armes dont disposent les talibans et les insurgés. »

M. Flahaut, dont on connaît l’animosité face à M. De Crem, ne condamne donc pas la décision, d’autant plus qu’il remarque que la Belgique a pu imposer des « caveats » (clauses de restriction) strictes concernant un autre nouvel effort militaire belge en Afghanistan : la mise en place, au plus tôt le 1er octobre prochain, de 20 militaires au sein d’une « Operational Mentor and Liaison Team » (OMLT), dont la mission sera de former et d’encadrer la nouvelle armée afghane (ANA). Voilà un terrain nouveau – la formation de l’armée – pour lequel le gouvernement a obtenu des restrictions similaires à celles imposées par Berlin : pas question que les instructeurs belges livrent leur formation ailleurs qu’à Kaboul (centre) ou Kunduz (Nord).

Mais M. Flahaut met en garde : « A la réunion des ministres de la Défense à Vilnius, la semaine prochaine, il faudra que mon successeur soit très clair en demandant à l’Otan de définir une stratégie de sortie de l’Afghanistan. De même lors du sommet des chefs d’Etat à Bucarest. »

Parmi les autres décisions concernant le déploiement belge en Afghanistan, on notera : la prolongation du commandement de l’Aéroport international de Kaboul par les Belges jusqu’au 1er octobre 2008 (après quoi les Hongrois prendront le relais) ; la prolongation de la mission de la Compagnie de protection jusqu’au 31 décembre 2008 ; la poursuite des opérations au sein du PRT allemand de Kunduz jusqu’au 31 décembre 2008 ; la présence d’officiers de liaison au sein du quartier-général de l’ISAF.

Le Conseil des ministres a également donné son feu vert pour le renforcement, à partir du 1er avril, de la de protection de l’aéroport avec deux sections (20 hommes) et non une compagnie entière, comme demandé par l’Otan.

La prolongation et l’élargissement de la contribution belge en Afghanistan auront un coût : 30 millions d’euros en 2008, contre 24,5 millions en 2007.

Le portfolio sur les Belges en Afghanisatan

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