Le chaud de Cockerill prolongé jusqu’en 2012

 Volte-face du sidérurgiste, qui refusait toute négociation. Fédéral, Région, ArcelorMittal et électriciens se mouillent.

Enfin ! Un accord a donc été finalisé de haute lutte afin de sortir de la fange le projet de relance de la phase à chaud liégeoise (1.850 emplois). C’est tout un bassin industriel qui respire, vu sa dépendance persistante envers ces outils pourtant promis à la casse, il y a 5 ans déjà, par le groupe Arcelor avant son absorption par Mittal.

Contrairement au refus clamé par le sidérurgiste de négocier quoi que ce soit (nos éditions de vendredi), une partie significative de l’effort lui sera bien imputée, le solde des contributions étant réparti entre les entités fédérale et fédérées, et d’autres industriels.

1Sur quoi porte l’accord ? Acquis ce vendredi matin en comité de concertation entre le fédéral et les Régions, il porte sur deux volets : la répartition de la diminution des quotas de CO2 de 7,6 % demandés par la Commission européenne à la Belgique dans le cadre de son plan national d’allocation, et la solution au problème des quotas nécessaires à la prolongation de la phase à chaud liégeoise au-delà de 2009.

S’agissant de la diminution de 7,6 %, l’effort sera réparti à parts égales entre Flandre et Wallonie. Comme c’était pressenti, les électriciens feront essentiellement les frais de l’opération, en voyant leur enveloppe rabotée de 1,1 million de tonnes par an. Mais pas n’importe comment, puisque ce sont les centrales les plus polluantes (au charbon, au gaz d’ancienne génération…) qui se verront privées de quotas.

Pour Cockerill, dont les besoins en quotas sont de 4 millions de tonnes par an, une partie de l’effort viendra du fédéral (600.000 tonnes), et l’essentiel de la Région wallonne (1,7 million de tonnes), qui effectuera notamment des transferts dans les enveloppes disponibles par un mécanisme de « swap » (lire par ailleurs).

ArcelorMittal, enfin, prendra bien 1,4 million de tonnes à sa charge.

2Quelles répercussions pour Cockerill ? Dans l’immédiat, le haut-fourneau de Seraing (HF6), déjà rénové par ArcelorMittal, sera relancé. « Un délai de trois semaines est cependant nécessaire, sur le plan technique, avant que s’écoulent les premières tonnes de fonte », précise Francis Degée, directeur de la phase à chaud. Pour le reste des outils (le deuxième haut-fourneau, à Ougrée, les deux coulées continues de Chertal, entre autres), il n’est plus question de fermer en 2009. La totalité de la filière peut donc continuer à produire, sous réserve d’un retournement brutal de conjoncture, jusqu’en 2012. L’avenir au-delà de cette date n’est pas concerné par l’accord.

« Cette annonce nous permet d’avancer, avec les autorités wallonnes et les partenaires sociaux, sur ce redémarrage qui renforcera sans nul doute la compétitivité et l’emploi à Liège et en Région wallonne », se réjouit ArcelorMittal par communiqué.

Mais comment le groupe va-t-il absorber le surcoût lié à la prise en charge de 1,4 million de tonnes ? « C’est de leur ressort », commente Jean-Claude Marcourt, ministre wallon de l’Economie. « Ce qui est sûr, c’est que le fait de fonctionner sur deux hauts-fourneaux au lieu d’un seul va renforcer davantage la compétitivité de la filière que la prise en charge partielle des quotas ne la pénalisera. Liège consolide par ailleurs une sidérurgie intégrée, et pérennise de ce fait les usines du froid situées en aval. »

3Quelles en sont les répercussions pour les autres industriels wallons ? « Les entreprises existantes ne se verront pas déforcées, et la Région wallonne pourra également faire face à l’ensemble des nouvelles demandes », promet le gouvernement régional.

Cette promesse aura, cependant, un coût. Nonobstant les quotas non utilisés par les entreprises existantes, et ceux pris chez les électriciens (1,1 million de tonnes par an), il faudra en effet pouvoir accorder des quotas à d’éventuels nouveaux projets afin de ne pas pénaliser le développement économique.

Une réserve de 600.000 tonnes par an devra être constituée par la Région, en sus de la réserve de 1,7 million de tonnes déjà constituée.

4Quels ont été les acteurs-clés ? Deux contacts directs ont eu lieu entre le Premier ministre, Guy Verhofstadt, et Lakshmi Mittal, qui ont incontestablement dénoué l’écheveau puisqu’aucune solution ne paraissait viable sans une contribution de la maison-mère de Cockerill. Mais ce serait faire peu de cas des négociateurs des cabinets wallons Marcourt (Economie) et Lutgen (Environnement), qui se sont creusé la tête… pendant des mois.

Il faut mentionner aussi les travailleurs de Cockerill et leurs représentants syndicaux FGTB et CSC.

« Lakshmi Mittal est un sidérurgiste qui sait apprécier la qualité d’un outil, je suis persuadé que cela a joué », affirme Francis Gomez (FGTB-Métal), qui a toujours cru au sauvetage et se souvient du détour « imposé » à l’homme fort du groupe par les sites de la phase à chaud lors de sa venue à Liège, l’an dernier, alors que les officiels n’avaient pas mis ce point au programme.

5Comment expliquer la volte-face d’ArcelorMittal ? C’est l’imbroglio le plus complet ! Alors qu’un accord verbal était déjà conclu avec Lakshmi Mittal, seul maître à bord du sidérurgiste, sur un effort de 1,4 million de tonnes par an, le numéro deux du groupe, Michel Wurth, disait de son côté refuser catégoriquement « toute négociation » (nos éditions de vendredi), à la veille de la réunion de concertation décisive entre pouvoirs fédéral et fédérés. Personne, parmi les nombreux contacts pris côté wallon comme au sein d’ArcelorMittal, ne peut expliquer cette surprenante sortie en totale contradiction avec la réalité… des négociations.

BENOÎT JULY

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