Deux attentats « coordonnés »

Timor-Oriental Le président et le Premier ministre visés, mais en vie

Un regain de violence plutôt inattendu alors que l’heure semblait au dialogue.

Le rebelle Reinado donné pour mort.

Touché de plusieurs balles, José Ramos-Horta, le président du Timor-Oriental, était lundi dans un état critique mais non désespéré selon les médecins de l’hôpital de Darwin en Australie. Il y avait été transféré en cours de journée, après avoir été victime d’une tentative d’assassinat dans sa résidence privée aux abords de Dili, la capitale de l’ancienne colonie portugaise. Dans un attentat quasi-concomitant, la voiture de Xanana Gusmao, le Premier ministre timorais, a également essuyé des rafales de balles. Il s’est tiré indemne de cette attaque qualifiée de « coordonnée » par un représentant du gouvernement.

« Même si l’Etat a été attaqué par un groupe armé et que le président a été blessé, l’Etat a le contrôle de la situation », a affirmé Xanana Gusmao. Dans la foulée, il décrétait deux journées d’état d’urgence et instaurait le couvre-feu. Alors que les représentants des Nations unies, présents dans l’île depuis son indépendance en 2002, étaient assignés à résidence, le Conseil de sécurité a annoncé l’organisation d’une réunion impromptue sur le Timor-Oriental.

Au total, les événements de la matinée de lundi auraient causé la mort de trois personnes, dont celle, donnée pour certaine, du « commandant » rebelle Alfredo Reinado. « Alfredo Reinado est un ancien responsable de la petite armée timoraise », explique François Raillon, directeur du centre Asie du Sud-Est du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et de l’Ehess à Paris. « Petite, l’armée n’en était pas moins trop lourde pour le budget de l’Etat. Il y a deux ans, le Premier ministre d’alors, Mari Alkatiri, a décidé de réduire ces forces d’un tiers. La moitié des quelque 1.500 soldats se sont mutinés. »

Car quitter l’armée dans un pays économiquement exsangue condamnait les anciens soldats au chômage et à la pauvreté. Cette perspective les privait aussi de la légitimité d’avoir servi la patrie durant les vingt-quatre années de résistance à l’envahisseur indonésien. Entre 1975 et 1999, l’occupation de l’ancienne colonie portugaise causa la mort de 100.000 Timorais.

Alfredo Reinado fut l’un des meneurs de cette mutinerie du printemps 2006, qui, en opposant l’armée à la police, déstabilisa l’ensemble du pays. Les troubles firent une quarantaine de morts et déplacèrent plus d’une centaine de milliers de personnes. Surtout « la crise qui secoua le Timor-Oriental en 2006 transforma la perception que l’on avait du succès des Nations unies dans l’édification de cette nation en celle de l’échec d’un Etat en construction », notait l’International Crisis Group (ICG) dans un rapport consacré en janvier au pays. « La réalité est et était plus nuancée, poursuit l’ICG, mais la crise a révélé des problèmes fondamentaux, particulièrement dans le domaine de la sécurité, qui n’ont pas été réglés depuis et pourraient conduire à un nouveau conflit. »

Si les Nations unies sont parvenues à accompagner le Timor sur le chemin de l’autodétermination, en organisant le référendum de 1999 qui a permis à 80 % de la population d’exprimer son désir d’indépendance, reconnaît François Raillon, elles sont blâmables de « n’avoir pas réfléchi à la viabilité d’un tel Etat », si dépourvu de ressources et si petit (un million d’habitants) dans l’ombre de son gigantesque voisin indonésien (235 millions d’habitants).

Ecroués pendant les troubles de 2006, le « commandant » Reinado et ses hommes s’évadèrent en août pour s’évanouir dans les montagnes boisées de l’île. Depuis, les troupes australiennes, qui dirigent la force internationale de stabilisation de l’ONU dans la région, s’étaient sans succès lancées à ses trousses.

« Ces événements sont totalement inattendus », explique Michael Vatikiotis, représentant à Singapour du Centre pour le dialogue humanitaire (HD Centre). Dernièrement, « le gouvernement voulait privilégier la voie du dialogue à la confrontation, poursuit-il. Son organisation avait reçu mandat des autorités timoraises pour rétablir la discussion avec le fuyard ». Selon lui, la concertation semblait bien engagée : « Il était question que Reinado puisse exprimer ses doléances et qu’il dépose les armes et se soumette à un processus judiciaire. »

ANGELIQUE MOUNIER-KUHN

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