Tabac : union sacrée contre la contrebande

Organisation mondiale de la santé Le tabac pourrait faire un milliard de morts au cours de ce siècle

Aujourd’hui commencent à Genève les négociations entre 150 nations ayant ratifié la première convention-cadre sur le contrôle du tabac de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Objectif : parvenir à une répression mondiale de la contrebande et de la contrefaçon de tabac, un phénomène qui prive non seulement les gouvernements de milliards de revenus, mais qui contrecarre les efforts entrepris par les pouvoirs publics pour entraver ce que l’OMS reconnaît comme une épidémie mondiale de tabagisme.

Selon un rapport publié jeudi par sa directrice générale, Margaret Chan, le tabac pourrait faire un milliard de morts au cours de ce siècle à travers le monde si les gouvernements et les sociétés civiles n’agissent pas rapidement pour en réduire l’usage.

Traçabilité

Le rapport préconise le suivi dans chaque pays de la consommation et des politiques de prévention, la protection des populations contre la fumée du tabac, des programmes d’aide à ceux qui veulent arrêter de fumer, une meilleure information sur les dangers du tabac, la mise en œuvre effective des interdictions de la promotion et de la publicité et la hausse des taxes sur le tabac.

« Bien que les efforts pour combattre le tabac prennent de l’ampleur, pratiquement chaque pays doit faire davantage », a déclaré Margaret Chan.

Si de précédentes négociations sur l’interdiction de la publicité et sur l’interdiction de fumer dans les lieux publics ont déjà abouti à des textes de référence inspirant la majorité des politiques publiques en ce sens, comme l’imposition progressive de photos « effrayantes » sur les paquets de cigarette, peu a été fait jusqu’à présent contre la contrebande. Or, la hausse du prix est citée par de nombreux experts comme l’arme la plus directe contre la multiplication de l’épidémie tabagique. Impliqués dans de nombreux circuits de contrebande, notamment grâce aux enquêtes de l’Olaf, l’Office européen antifraude, les cigarettiers se sont engagés à développer une traçabilité plus poussée de leurs produits. Philip Morris, puis Japan Tobacco, 2 géants du secteur, ont ainsi vu leurs amendes mitigées à la condition de couper les robinets de ventes peu claires à des intermédiaires douteux. En contrepartie, ils devront payer de plus sévères amendes si des produits sortant de leurs usines sont interceptés hors des circuits officiels de distribution. Contre la contrefaçon, qui leur fait du tort économique, ils semblent par contre collaborer avec les autorités sanitaires. C’est ainsi qu’au Brésil, un système de traçabilité permet d’identifier l’endroit et l’heure de production de chaque paquet de cigarettes. Aujourd’hui, un paquet retrouvé dans la rue est totalement intraçable, ce

qui empêche toute traque de la vente illégale par les autorités fiscales.

Or, la simple menace d’une possibilité de contrebande, agitée par les multinationales du tabac, dissuade généralement les pays d’adopter une politique de prix élevés, qui est pourtant un des moyens prioritaires pour faire baisser l’épidémie tabagique. On estime à plus de 30 milliards d’euros les revenus perdus chaque année, soit davantage que le produit national brut de deux tiers des pays dans le monde.

C’est pour parvenir à un système de traçabilité mondial que les 150 nations membres de la convention-cadre entament aujourd’hui de longues négociations. S’ils adoptent un texte, il ne sera pas en vigueur avant fin 2010.

FREDERIC SOUMOIS

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