Un lion est mort ce soir

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Musique Henri Salvador est décédé à 90 ans

Henri nous a quittés sans vieillir. Sa bouille et son rire nous accompagnaient depuis notre enfance.

Henri Salvador est décédé mercredi matin à l’âge de 90 ans d’une rupture d’anévrisme. Il venait de faire ses adieux à la scène, au Palais des Congrès de Paris, en décembre dernier. Il voulait, dit-il, se reposer après une carrière d’une longévité exceptionnelle. Il aurait dû faire attention car contrairement à ce qu’il chantait, le travail c’est la santé mais ne rien faire ce n’est pas la conserver.

On le croyait éternel, avec sa bouille qui refusait de se rider. Aussi éternel que ce rire qui n’arrivait pas à s’arrêter. On gardera de nombreux souvenirs du chanteur, guitariste, amuseur, poète, compositeur, animateur… A commencer par ses émissions Salves d’or et Dimanche Salvador.

C’est un bout du music-hall à l’américaine qu’il nous apportait via le petit écran. Tout en blanc, à la fois drôle et classe, swing et attendrissant. Il nous faisait rire et pleurer. Et nous émouvait quand, en face B, de ses succès « comiques », il plaçait une « chanson douce » d’une beauté fragile à faire fondre la banquise.

Passer quelques instants avec Henri, pour une interview, était chaque fois un vrai régal. Il adorait raconter les anecdotes de sa vie, ponctuées par ce rire qui n’était jamais gras. Un peu trop systématique peut-être. C’est que l’homme avait beaucoup à cacher. A commencer par sa timidité et le complexe de sa naissance.

Peau de vache

Il pouvait se montrer dur et intraitable aussi. On en a eu la preuve quand il a choisi d’aimer Keren Ann et pas Benjamin Biolay, un « connard » qui s’était servi de lui, à l’entendre. Il ne sera pas plus tendre envers son fils naturel Jean-Marie Périer, le photographe des stars élevé par le comédien François Périer. Henri lui reprochera d’avoir, dans son livre biographique, brisé le silence et refusera de le revoir. Et, peau de vache, lors de la cérémonie des Victoires de la Musique qui l’a consacré sur le tard, il ne manquera pas de dire qu’encore un peu, c’était à titre posthume.

A part ça, Henri Salvador, on ne pouvait pas ne pas l’aimer. Il nous réconfortait par sa seule présence. Son come-back d’octogénaire, à l’instar de celui des papys cubains, nous rassurait. Tous, on aurait signé des deux mains pour être comme lui à son âge.

Jusqu’au bout, sur scène, et même dans ce Forest-National à moitié vide en mars 2004 (en raison surtout du prix prohibitif des places), il avait assuré, en vrai pro qu’il était. Très exigeant, il a toujours respecté son public. Et on n’oubliera jamais sa voix qui se brisait dans « Avec le temps » de Ferré, qu’il était le mieux placé pour reprendre.

Jusqu’au bout, il nous aura touchés. Comme sur l’album Ma chère et tendre, avec cette chanson qui ouvrait son dernier spectacle : Je déguste avec ivresse/ Chaque nouveau jour qui naît/ Si je fais ce qui me plaît/ C’est aussi/ Parce qu’au fond je suis certain/ Le plus beau jour c’est demain.

Demain se passera sans lui. Mais avec les nombreux disques et souvenirs qu’il nous laisse. Ce matin, France et Belgique sont un peu moins roses et moins bleues qu’hier. Moins douces et drôles. On perd un père, un grand-père, un ami avec lequel on a tous vécu. La nostalgie peut maintenant faire son œuvre.

Et « Petit lapin » de courir dans nos rêves et dans son île. Quelque part du côté de Syracuse, dans un jardin d’hiver où retentit déjà cette cascade de rires.

THIERRY COLJON

Le portfolio sur Henri Salvador

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