Le HD-DVD va rejoindre le Betamax

Technologies Le DVD « nouvelle génération » de Toshiba battu par celui de Sony

Wal-Mart s’est rangé dans le camp du Blu-ray disc de Sony. Le HD-DVD de Toshiba est au bord des oubliettes.

La bataille n’est pas encore finie, mais plus personne ne doute de son issue. Retranchés sous leur tente, les « généraux » de l’armée HD-DVD, l’un des deux formats « haute définition » prétendant à la succession de l’actuel DVD, semblent à court de solutions. Ils n’ont pas encore déposé les armes, mais c’est tout comme. Toshiba, le fabricant japonais, principal promoteur du HD-DVD, va revoir de fond en comble cette activité et « un retrait complet est l’une des possibilités envisagées », a déclaré une source proche du dossier, sous le couvert de l’anonymat. La cause semblait déjà entendue il y a un mois, quand le studio américain de cinéma Warner, qui possède le plus grand catalogue de films au monde, était passé avec armes et bagages dans le camp adverse, celui de Sony et de son DVD Blu-ray. Jusque-là, Warner avait refusé de prendre parti, éditant ses films dans les deux formats concurrents.

À ce moment, Toshiba et le consortium qui le soutient (les studios Universal, Paramount, Dreamworks Animation, ainsi que NEC, Microsoft et Intel) refusaient encore de croire à la défaite. Jusqu’à vendredi dernier, où une nouvelle recrue de choix a elle aussi choisi de rallier la bannière de Sony (derrière laquelle sont rangés, outre Warner, les studios Sony, Disney, 20th Century Fox, MGM, Lionsgate, et les fabricants Sharp, Panasonic, JVC, Pioneer, Mitsubishi, Samsung et Philips) : le nº1 mondial de la grande distribution, l’américain Wal-Mart, a annoncé que seuls les Blu-ray disc seraient disponibles dans ses rayons.

Le coup est dur. Car Toshiba le sait : en ce domaine, il n’y a pas d’armistice. Tenter d’imposer un format comme un standard universel revient à s’engager dans une lutte « à mort », où le perdant peut passer aux « pertes et profits » les nombreuses années de recherche et les centaines de millions de dollars dépensés dans une course qui ne connaît qu’un seul vainqueur. Sony en avait fait les frais il y a 25 ans, lorsque son format de cassette vidéo Betamax avait été sèchement renvoyé aux oubliettes de l’histoire. La tête basse, il avait dû rejoindre le camp du vainqueur, le VHS de JVC.

Le tour de Toshiba est-il venu ? Officiellement, « aucune décision officielle n’a encore été prise » à ce sujet, a affirmé un porte-parole. Mais les analystes donnent le HD-DVD, moins cher à produire que le Blu-ray mais à la capacité de mémoire plus limitée, pour mort.

Le Blu-ray contrôle environ 70 % des films américains. « Sans l’appui des distributeurs de films, les lecteurs de DVD ne sont qu’une boîte vide », explique Yuichi Ishida, analyste chez Mizuho Investors Securities. « Toshiba doit décider de se retirer ». À la Bourse de Tokyo, le titre a terminé la séance de lundi sur un bond de 5,74 %. Les investisseurs sont soulagés que cette guerre, potentiellement ruineuse pour le perdant, prenne fin relativement vite et permette à Toshiba de se concentrer sur ses métiers les plus rentables, comme les semi-conducteurs.

Pour autant, Sony peut-il crier victoire ? Cela reste à voir. « Les fabricants doivent encore convaincre les gens qui sont satisfaits de leurs lecteurs DVD traditionnels de les remplacer par des appareils de nouvelle génération (NDLR, offrant davantage d’interactivité ainsi qu’une qualité d’image et de son accrue) », note Hiroyuki Shimizu, analyste chez Gartner. Certes, la guerre des formats a eu ceci de bon qu’elle a poussé chaque camp à écraser ses prix (un lecteur Blu-ray coûte environ 500 dollars ou 350 euros), pour tenter de s’imposer. Mais la capitulation probable de Toshiba risque de mettre fin aux pressions à la baisse sur les prix.

Les analystes s’interrogent aussi sur la pertinence du modèle à l’heure où de plus en plus de consommateurs ont accès à un contenu « en ligne » via le câble, l’ADSL ou la fibre optique (vidéo à la demande, téléchargement sur internet…) et qu’ils peuvent stocker directement sur disque dur. « À l’avenir, le téléchargement de films sur ordinateur personnel s’imposera. Le modèle antérieur est en train de s’écrouler », explique Yuichi Ishida, pour qui « la compétition change de nature : on passe d’une concurrence pour s’imposer en tant que standard mondial, à une concurrence entre deux modèles économiques différents. »

BERNARD PADOAN, AFP

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