Tecktonik, quèsaco ?

label devenu tribu, le mouvement tecktonik fait fureur parmi les mineurs. Décryptage.

La tecktonik ? Vous en avez déjà au moins entendu parler. « Soirées tecktonik » annoncées sur Pure FM, « nouvelle danse » vantée par les hebdos « tendance », musique électro diffusée en radio… Pour autant, le concept même reste nébuleux.

Son nom s’inspire de la tectonique des plaques. Il vient surtout des soirées électro Tecktonik Killer, organisées depuis 2002 par la discothèque Le Metropolis, près de Paris. Alexandre Barouzdin et Cyril Blanc, les membres de l’équipe artistique du club qui en ont eu l’idée, flairent tout de suite l’énormité du succès. Au point de déposer la marque « TCK ». Les produits dérivés fleurissent : ligne de vêtements, boisson énergisante, compilations…

Tecktonik, c’est donc d’abord un label. Qui devient mouvement et franchit les frontières, s’affranchit des discothèques, envahit les rues… Le week-end, des « après-midi tecktonik » sont organisées en plein air. Démonstrations et « battles » au programme. La foule présente est jeune : de 14 à 20 ans. Mais la majorité est mineure. Faute de pouvoir entrer en discothèque, elle doit donc trouver une alternative.

Sur l’internet, le buzz est encore plus flagrant. Des forums et des milliers de vidéos sur Youtube et Dailymotion. Comme les cours de tecktonik n’existent pas officiellement, chacun apprend par mimétisme, grâce aux clips amateurs.

Le Moulin, le Tétris, le Vertigo… « Tous ces mouvements ont été empruntés au hip-hop et à la break dance », explique ToxiicOSe, membre de la Dreamtek et adepte des après-midi tecktonik. Mais la danse tecktonik – ou danse électro, pour éviter toute confusion avec la marque – a encore des contours flous. A chacun sa manière de bouger. Certains dansent le Milky way : les jambes sont pliées et fixées au sol tandis que les bras effectuent des mouvements amples et saccadés. D’autres préfèrent le jumpstyle, qui allie une série de pas et de sauts. Quant aux experts, ils pratiquent le Hardjump : plus rapide et plus violent, c’est l’exercice le plus physique. Leur point commun : la désarticulation du corps !

A Bruxelles, c’est… le Palais de justice qui accueille chaque dimanche jusqu’à 150 adolescents surexcités pour des sessions de tecktonik improvisées. Beaucoup d’amateurs sont là pour se défouler ou, à l’instar des touristes, juste par curiosité… Les rassemblements et les battles sont peu réglementés : la victoire est déclarée à l’applaudimètre.

Depuis septembre, la jeunesse bruxelloise se déhanche sur l’électrohouse et le hardstyle, sons nés en Belgique et aux Pays-Bas mais récupérés par les soirées tecktonik. Le mouvement est spontané, disparate… « Pour l’instant, c’est surtout Bruxelles qui a la cote », juge Laurent, créateur du portail sur la mouvance électro le plus consulté de Belgique (1). Dans les clubs, le mouvement suit aussi, mais plus lentement. Peu de soirées Tecktonik, et pour cause : la marque « TCK » veille sur son image… La seule soirée officielle a eu lieu en novembre. Deux autres sont annoncées à Bruxelles : le 29 février au Louise Gallery et le 21 mars au Fuse.

Au cœur de cette effervescence, quelques-uns émergent. Une team, la Dreamtek, veut être prise au sérieux. Sponsors, manager, répétitions plusieurs fois par semaine… Elle multiplie les prestations : dans les écoles, mais aussi sur Plug TV… Le groupe attend sa majorité, qui lui ouvrira les portes des discothèques !

Ces jeunes danseurs pensent que le mouvement va perdurer. Pour Teki-la, la benjamine de l’équipe, « une nouvelle génération est née ». Une génération hésitante, qui cherche encore ses modèles et ses références. Pas de culture propre, comme dans le rap et le hip-hop, mais une ouverture d’esprit revendiquée. Et une philosophie basée sur la tolérance et la solidarité.

C’est plutôt un bon début.

(1) www.ilbes.be

STAGIAIRE

Le portfolio Tectonik

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