La Belgique reste prudente

Terrorisme Les services belges attendent des faits précis du Maroc
Le parquet fédéral a ouvert un dossier, pas une enquête. Un lien flou entre banditisme et terrorisme.

Depuis des années, les enquêteurs de l’antiterrorisme le répètent : dès que l’islamisme radical fait parler de lui au Maroc, il y a des chances que certaines ramifications remontent jusqu’en Belgique. Cela relève notamment de l’importante communauté marocaine présente sur le territoire belge, sans pour cela insinuer que les Belgo-Marocains seraient des radicaux. Mais le nombre multiplie les probabilités. De toute manière, ce sont les faits qui doivent parler. Des faits ? Voyons.

Depuis mercredi, c’est le chef présumé d’un réseau terroriste, domicilié à Evergem au nord de Gand, qui est visé. Il aurait multiplié les allers-retours entre ces deux pays. « Abdelkader Belliraj était connu comme un vieux sou par l’antiterrorisme en Belgique, nous précise une source fiable, mais son nom n’était pas apparu dans d’autres affaires comme celle du GICM (Groupe islamique combattant marocain) ou le groupe de Maaseik, jugés à Bruxelles. » Une autre source nous le décrit comme « un opposant marocain, connu en Belgique depuis les années 80 – 90, proche des milieux chiites. Ce qui n’était pas bien vu au Maroc. »

Au Maroc, justement, il est actuellement présenté comme étant le chef du réseau terroriste qui vient d’être démantelé (lire ci-dessous), réseau qui serait alimenté par des fonds provenant du grand banditisme. En feraient également partie, deux autres Belges : Abdellatif Bekhti, alias Abdellatif Saad, qui s’était distingué pour un braquage au Luxembourg (lire ci-contre) et dont la famille est connue en Belgique pour des casses, et Thami Mustapha. Ces trois personnes se connaissaient, se côtoyaient, travaillent ensemble, fréquentent des mêmes associations. Mais, en Belgique en tout cas, personne ne peut affirmer qu’elles complotaient ensemble.

Des faits ? Le Maroc parle de braquages en Belgique et au Luxembourg. Effectivement Bekhti a été condamné pour cela. Mais on évoque aussi un braquage à Nivelles, un vol de bijoux en Belgique, sans plus de précisions, et, plus fort encore, de meurtres non élucidés chez nous. Lesquels ? Des noms circulent insidieusement : le Dr Joseph Wybran, le recteur de la Grande mosquée Abdullah al Ahdal, tous deux assassinés en 1989…

Et les autorités marocaines affirment que le fruit de ces actes de banditisme a servi à nourrir le terrorisme, via une filière de blanchiment implantée au Maroc.

Des faits probants ? Les autorités belges sont perplexes, pour l’instant. Peu de documents précis leur ont été envoyés. Même l’officier de liaison, Daniel Bernard, en poste au Maroc pour faciliter les échanges d’informations entre ces deux pays, n’aurait pas été mis au courant du contenu du dossier marocain.

S’il y avait eu des faits précis, des dénonciations, le parquet fédéral aurait ouvert une enquête. Mais celui-ci s’est contenté d’ouvrir un dossier. Pour rassembler tous les éléments qui pourraient alimenter cette affaire, tant sur le volet banditisme, que sur le terrorisme.

A cet effet, une réunion s’est également déroulée jeudi matin entre le parquet fédéral, le parquet de Bruxelles et la police afin de reprendre les dossiers de meurtres, de vols et de braquages qui sont évoqués par le Maroc. L’idée est de voir si certains éléments de ces dossiers pourraient aller dans le sens décrit par les marocains.

Mais ce que nos autorités attendent surtout, ce sont des faits et des informations précises. Dans l’intervalle, elles font comprendre qu’il ne faut pas, à nouveau, présenter la Belgique comme une base arrière du terrorisme. Rien ne l’indique, pour l’instant en tout cas. Le niveau d’alerte terroriste reste figé au niveau 3.

JEAN-PIERRE BORLOO

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