Décès d’un chirurgien des faits et des documents

Histoire Le Belge Jean Vanwelkenhuyzen était un spécialiste de la Seconde Guerre mondiale

L’Histoire est ainsi faite qu’un seul homme ne peut la dire. Jean Vanwelkenhuyzen est décédé jeudi, à 80 ans, alors que son dernier livre parvenait dans les rédactions. Le gâchis des années 30 : 1933-1937 s’attelle à réécrire le contexte de la montée en puissance du IIIe Reich. L’auteur n’aura pas eu le temps de commenter les dernières trouvailles qu’il y avait rassemblées. Nous quitte un historien soucieux du détail, conscient que si la reconstruction du passé est une tâche impossible, rien ne doit être négligé pour tenter de cerner celui-ci.

Entre autres fonctions, il avait été, pendant une vingtaine d’années, le directeur du Centre de recherches et d’études historiques de la Seconde Guerre mondiale, à Bruxelles. Certains épisodes de ce conflit ont donné lieu à de multiples interprétations, parfois inspirées par des intérêts très concrets, politiques entre autres. Jean Vanwelkenhuyzen préférait à la polémique et à l’agitation un travail de chirurgien des faits et des documents. Il pratiquait une Histoire que l’on a crue un moment révolue et qui retrouve aujourd’hui une nouvelle jeunesse, celle des cabinets et des ambassades, lieux où se façonnent les grandes décisions…

Ce choix inspiré par des études en sciences politiques et diplomatiques lui rendait parfois la vie difficile auprès de certains historiens. Il restera pourtant comme l’un des spécialistes de la campagne des 18 Jours qui allait cruellement peser dans le devenir de la Belgique et de Léopold III, pour trouver son point d’orgue dans la Question royale. Cette campagne, Vanwelkenhuyzen l’avait détaillée parfois minute par minute, pour mieux tenter de comprendre ses moments clés.

Le débat semble s’estomper progressivement. Mais il fut un temps où savoir si le roi était le premier des résistants ou, au contraire, le premier des collaborateurs passionnait les foules. Maurice De Wilde avait livré un remarquable travail journalistique consacré à l’Ordre Nouveau. Il accélérait l’implication des historiens dans une prise de conscience qui dépassait désormais de loin leur milieu. Les hypothèses, les supputations allaient bon train, d’autant que nombre d’archives restaient inédites.

« Fin du tome 1 »

Dans ce contexte, Jean Vanwelkenhuyzen passait pour être un défenseur de Léopold III. Il n’en restait pas moins pertinent. Réagissant pour Le Soir à la publication des considérations du roi sur « quelques épisode de son règne », l’historien estimait que celui-ci avait « été accusé à tort de vouloir régner pendant l’Occupation et de vouloir conclure une paix séparée ». Mais, ajoutait-il, il « s’était défendu de manière grotesque en prétendant que c’était le gouvernement de Londres qui avait préparé les instructions consistant à plaider pour une approche courtoise, sans être très chaleureuse, avec les représentants de l’Occupant ».

Jean Vanwelkenhuyzen avait publié bon nombre d’ouvrages, dont 1940 : pleins feux sur un désastre, Miracle à Dunkerque, Quand les chemins se séparent, Aux sources de la Question royale et 1936 : Léopold III, Degrelle, van Zeeland et les autres. Sans oublier, donc, Le gâchis des années 30 : 1933-1937, qui met notamment sous la loupe l’absence coupable de clairvoyance de la IIIe République. Un livre qui se termine sur ces mots : « Fin du tome 1 ». L’historien avait gardé de l’ambition.

PASCAL MARTIN

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