Paul Frère a lâché le volant à 91 ans


Décès Il a été pilote, journaliste et consultant

Les sports mécaniques et l’amour de la technique ont rythmé la vie d’un passionné devenu une mémoire de l’auto.

Si tu veux revenir, ne tarde pas. » A un ami venu le voir récemment sur son lit d’hôpital, Paul Frère (91 ans) avait avoué implicitement être au bout de son chemin, atteint finalement par l’usure d’un corps peu ménagé et incapable de prolonger une passion que l’on s’était pris à croire éternelle et sans laquelle la vie n’avait plus de sens pour lui.

Collée à sa peau, l’automobile aura rythmé l’existence et la carrière brillante d’un pilote, consultant et journaliste que seule une modestie à la hauteur de son talent aura empêché de transformer en une vraie célébrité, du moins dans son pays d’origine.

Car Paul Frère, plus ancien pilote de Grand Prix en activité, était chroniqueur dans des magazines du monde entier, ex-commentateur d’une chaîne de télévision allemande et consultant apprécié de constructeurs automobiles allemands, anglais ou japonais de prestige. Une activité qui lui avait encore permis de signer à 87 ans (!) des chronos de référence au volant d’une Audi S8 qui allait gagner un peu plus tard les 24 Heures du Mans ; elle lui avait valu aussi son dernier grave accident de la circulation à 89 ans, alors qu’il testait au Nürburgring pour Honda la future Civic Type R. Quelques années auparavant, le choc d’un genou contre une voiture à l’arrêt avait mis fin au plaisir de la conduite à… moto, alors qu’il avait fêté ses 75 ans en « baladant » ses petits-enfants sur un circuit au volant d’une Mazda type Le Mans. En réponse à ceux qui lui suggéraient de lever le pied, il faisait la sourde oreille, comme si les effets de l’âge disparaissaient dès que ses mains se posaient sur un volant.

Mémoire vivante de l’automobile, Paul Frère avait été notre guide au musée Autoworld il y a quatre ans, redonnant vie à chaque ancêtre, commentant le capot type crocodile d’une Renault 1909 dont le radiateur était placé derrière le moteur, expliquant pourquoi la Zèbre avait donné naissance à la première Citroën de grande série ou rappelant que le transfert après guerre de l’outillage Opel vers Moscou avait fait d’une Kadett la première Moskvitch vendue en Belgique.

L’avenir de l’automobile, il ne le voyait pas « avant 2050, lorsqu’on maîtrisera la technique de la pile à combustible et d’autres voitures à hydrogène ; mais ne le répétez pas aux constructeurs qui croient avoir tout inventé ».

Sa passion pour l’auto, Paul Frère l’avait nourrie dès 1940 dans son travail de fin d’études d’ingénieur commercial de Solvay traitant de « L’influence de la forme des chambres de combustion sur le rendement d’un moteur à combustion interne ». Sportif et champion universitaire d’aviron, il disputa ses premières courses automobiles amateur sous le pseudonyme de Frepau et roula aussi à moto, gagnant en 1946 une compétition organisée autour des étangs du Bois de la Cambre à Bruxelles. Pilote de HVM, Gordini, Porsche, Aston Martin, Jaguar ou Ferrari, il remporta des victoires, de Spa à Reims via l’Afrique du Sud, monta sur la deuxième marche du podium du Grand Prix de Belgique 1956 et gagna surtout les 24 Heures du Mans 1960.

Ce virus des courses d’endurance, il le transmit à un organisateur belge, Hubert de Harlez, avec qui il relança les 24 Heures de Francorchamps en 1964. Une course dont il resta longtemps conseiller, dormant quelques heures dans sa voiture pour perdre un minimum de spectacle et ne quittant le circuit qu’avec « Le Journal des 24 Heures » sous le bras pour alimenter en chiffres et commentaires les longues soirées d’hiver. Il avait encore été présent aux dernières 24 heures spadoises début août.

La recette d’une telle longévité ? « La passion et 500 mètres quotidiens dans ma piscine », nous avait répondu en 2004 ce Bruxellois installé de longue date à la Côte d’Azur. Une passion qui, seule et au-delà des avatars de la vie, l’aura conduit jusqu’à 91 ans. Pied au plancher.

YVES DE PARTZ

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