Raul Castro, héritier sans suspense

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Cuba L’Assemblée nationale a élu le successeur du « Lider Maximo »

Raul Castro a été le seul candidat présenté à la succession de son frère Fidel à la tête de l’Etat cubain. Reportage.

REPORTAGE

CIENFUEGOS

DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL

Cienfuegos, située à 250 kilomètres à l’est de la Havane, fut la première ville cubaine à s’être soulevée contre le régime du dictateur Fulgencio Batista, le 5 septembre 1957. Un demi-siècle plus tard, les habitants de la Perle du Sud, désabusés, ne s’attendaient pas à des changements lors des élections à la présidence de Cuba qui se sont tenues dimanche et qui ont porté Raul Castro au pouvoir.

« Il n´y a pas d’alternative. Quelle question ! Le successeur de Fidel Castro à la présidence sera (son frère) Raul », assure Roberto, serveur dans l’un des hôtels sélects de Cienfuegos. Roberto vient d’éconduire un touriste. L’homme demandait un « mojito », mais comme c’est souvent le cas à Cuba, il manquait un ingrédient. « Nous n’avons plus de menthe ni d’eau gazeuse. Pourquoi n’a-t-il pas pris un rhum Cola, un Cuba libre ? », questionne le serveur en clignant de l’œil.

A l’inverse de Roberto, Deysi ne profite guère de la manne touristique. Cette jeune comptable attend patiemment la « wawa », le vieux bus hollandais jaune qui l’amènera chez elle. Deysi réajuste son survêtement rose collant, puis son justaucorps vert pomme. Elle lance, sans que cela ne tolère de contradiction : « Ce sera Raul qui sera élu dimanche. Il est le ministre des Forces armées révolutionnaires. C’est logique qu’il soit élu. C’est sûr qu’il est vieux mais c’est le mieux. Ce ne sera qu’une transition. »

La lettre de Fidel Castro à ses compatriotes dans le Granma du 19 février pourrait bien donner raison à Deysi. « El Commandante » écrit : « Notre révolution peut encore compter, heureusement, sur des cadres de la vieille garde, aux côtés d’autres qui étaient très jeunes au début de sa première étape. »

Avec prudence, les Cubains parlent désormais politique avec des étrangers. Contrairement à il y a encore deux ans, ils n’hésitent plus à évoquer le nom des Castro. A deux jours des élections des membres du Conseil d’Etat, la plus haute instance de direction de Cuba, par les 614 députés de l’Assemblée nationale, les habitants de Cienfuegos ne manifestent guère d´enthousiasme. Au bar San Carlos, sur le Prado, l’une des promenades de Cuba, les familles sirotent un Tu Kola, version locale du Coca-Cola. Une longue file s’est formée devant la Banque populaire du travail de l’avenida 54, la rue piétonne de Cienfuegos. Là, les Cubains patientent des heures pour espérer changer leur devise nationale, le peso cubano, contre des pesos convertibles qui leur donnent accès à des produits « de luxe », comme savon ou vêtements.

« Dans l’expectative »

A quelques centaines de mètres, près du Parque Marti, quelques auteurs de Cienfuegos se sont regroupés dans les Jardins de l’Union des écrivains de Cuba (Uneac). « Nous sommes dans l’expectative. Tout se jouera le 24 février et honnêtement nous espérons qu’il y aura des changements. Nous les attendons depuis toujours, mais ils ne se produisent jamais », explique Ramon, un jeune adhérent de l’Uneac.

Son voisin, Alejandro, un romancier local, ajoute : « Ce changement, ce serait l’élection de Carlos Lage. » Aux yeux des Cubains de Cienfuegos, le vice-président du Conseil d’Etat n’a cependant guère de chances d’être élu. Tant Alejandro que son voisin se pressent d’ajouter que Raul serait tout de même un bon choix, même s’il est plus « idéologue ».

Ramon s’inquiète : « S’il s´agit d’un véritable bouleversement, il sera difficile au successeur de Fidel de diriger le pays. Il faut quelqu’un qui ait un pouvoir de nature charismatique. Seul Fidel a du charisme. »

HECTOR LEMIEUX

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