Le chemin ultime du poète


Littérature Roger Foulon est mort à 84 ans

Roger Foulon savait laisser le temps au temps. En ne délaissant jamais son écritoire pour autant. Il s’est éteint samedi dernier, dans sa bonne ville de Thuin où il était né le 3 août 1923 et qu’il ne désertera jamais. Il laisse une œuvre gigantesque dont la bibliographie compte plus de 150 titres, parmi lesquels de très nombreux recueils de poésie qu’il imprimait de ses propres mains sur la presse du Spantole, la maison d’édition artisanale dont il était l’auteur le plus fécond et le typographe.

Sa fertilité poétique exceptionnelle (le Taillis Pré annonce la sortie imminente de son livre posthume Le chemin du poète) ne l’a nullement empêché de déployer aussi un talent de prosateur évident, qui ne se révéla que tardivement puisqu’il ne publia son premier roman qu’en 1977, L’espérance abolie. Dans ce domaine aussi, il fut des plus productifs : ces douze dernières années, il avait publié chez Luce Wilquin huit ouvrages, dont le dernier, paru il y a quelques semaines, Les jardins de Giverny avait recueilli de chaleureux éloges de la part de la critique.

Le style très empathique de Foulon lui avait de longue date valu la grande estime de ses pairs. Le recevant à l’Académie où il avait été élu en 1999, Jacques Crickillon avait constaté que chez lui la nature, « beauté complexe à l’état simple, est édification permanente ».

Mais Foulon, qui avait exercé longtemps le métier d’instituteur, n’était pas qu’un écrivain d’une rare constance et un créateur d’une inépuisable ardeur. Il se soucia toujours d’action collective sur le plan culturel. Il n’avait que 23 ans lorsqu’il mit sur pied l’association des Artistes de Thudinie. Cette attitude solidaire le fit élire à la présidence de l’Association des écrivains belges, qu’il assumera durant plus de 20 ans, jusqu’à ce que France Bastia lui succède en 1994.

Une œuvre dont on n’a pas fini de faire le tour, une présence cordiale et enjouée, un cœur à l’ouvrage permanent : Foulon, tenu pour le « barde de Thudinie », surnom qui le faisait sourire, laisse un grand vide dans sa communauté, tant locale que littéraire. Ils seront nombreux, ceux qui, jeudi prochain, l’accompagneront dans sa dernière demeure, auprès de son épouse Marcelle, disparue il y a quelques mois, et qu’il s’impatientait de rejoindre.

JACQUES DE DECKER

Cette entrée a été publiée dans Culture, avec comme mot(s)-clef(s) , . Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Les commentaires sont fermés.