Réforme de l’Etat, phase I : l’accord ne fait pas la musique


Politique La majorité passe un premier cap, mais l’instabilité politique demeure

Nord et Sud d’accord sur une réforme minimale. La « grande » est attendue pour juillet. Rien n’est moins sûr.

Analyse

Un accord est un bon accord, et celui-ci n’échappe pas à la règle : plus de huit mois après les législatives du 10 juin 2007, le premier « paquet » de réformes institutionnelles ficelé par les « sages » dans la nuit de dimanche à lundi serait même plutôt un don du ciel. Si vous y ajoutez le lot budgétaire, confectionné par le gouvernement intérimaire, alors là, on frise le miracle.

Après l’interminable surplace post-électoral, ces derniers jours resteront dans notre histoire politique comme ceux où un gouvernement a gouverné, une majorité a tranché, et les partis flamands et francophones sont convenus de deux choses – performance !… Un : d’une réforme de l’Etat minimale. Deux : de négocier le gros œuvre pour juillet.

Vous aurez compris l’importance de l’instant, mais aussi combien le chemin reste pentu. Ni l’accord institutionnel transitoire ni l’élaboration du budget n’offrent de réelles garanties pour le calendrier politique 2008-2009. Et on ne vous parle même pas de la « législature » de quatre ans, qui devrait s’étendre jusqu’à 2011… Horizon invisible celui-là.

A l’issue de la réunion du groupe interparlementaire du MR hier, Didier Reynders a rappelé qu’il s’agissait maintenant, sous sa houlette, de s’attaquer au programme du gouvernement définitif, en matière socio-économique notamment… Eh oui, ne l’oublions pas : le Leterme Ier attendu pour le 22 mars, après la dissolution de l’exécutif intérimaire de Verhofstadt, n’a toujours pas de feuille de route !, et l’on ne connaît pas même sa composition, puisque la question de la participation des verts et/ou du SP.A, improbable, n’est pas tranchée officiellement. Enfin, vous le savez, Yves Leterme en personne, en voie de rétablissement mais toujours à l’hôpital, n’est pas absolument sûr d’être au rendez-vous. Vous voyez le tableau.

Les commentaires à son sujet vont bon train : s’exprimant devant ses parlementaires hier, Didier Reynders a constaté, nous confie un témoin, que les choses avançaient bien quand « certains » n’étaient pas à la table… Les oreilles de Monsieur 800.000 voix ont dû siffler, celles aussi de Bart De Wever, ou de « Madame non »… En fait d’« instabilité », gageons encore que la décision de la N-VA hier de ne pas prendre part au gouvernement définitif augmentera la pression sur Leterme, sur son cartel, comme… sur Didier Reynders, qui ne fait pas son deuil du « seize », et qui pourrait arguer de la prééminence de la famille libérale dans la majorité active !

Quant à la réforme de l’Etat en tant que telle, s’il faut, on l’a dit, saluer l’avancée – la « percée » eu égard au noir complet durant plus de huit mois –, le « paquet » déposé aujourd’hui par Guy Verhofstadt devant le groupe Octopus est léger (lire page 4). Le plus lourd est devant : la « seconde phase » de la réforme, à boucler pour juillet. Et il semble acquis que les « sages » ne seront plus de la partie. Les sauveurs de la patrie passeront la main aux présidents, et aux ministres de Leterme Ier, car la négociation exigera des arbitrages politiques en permanence. Tout au moins, le fameux groupe des neuf (Verhofstadt, Reynders, Dehaene, Maystadt, Moureaux, Vande Lanotte, Cheron, Aelvoet, Leterme – remplacé par Schouppe) a vécu. Certains de ses membres éminents sont en partance : Philippe Maystadt se consacrera à sa charge à la Banque européenne d’investissement.

Les partis, eux, ont le regard tendu vers 2009 et le prochain tour d’élections, régionales et fédérales, pressent-on. L’idée de regrouper les scrutins figure dans le texte de l’accord (page 4), et parmi les neuf, Johan Vande Lanotte en a été le plus ardent défenseur, plaidant un « nouveau départ » dans un an. Vous voyez d’ici la campagne électorale au Nord si la réforme de l’Etat phases I et II n’aura pas été exécutée. Un politique croit savoir : « Il n’y aura pas de grand accord en juillet. On reportera les échéances. Là, en ce moment, on nous réinvente le “frigo” en politique. On tranquillise le peuple. En attendant la bataille de 2009… »

Pessimiste ?

DAVID COPPI

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